Samedi a Salé
Presque 2 semaines que je suis ici.
C’est le week-end, fini la semaine.
Envie de paix, de silence, de sérénité.
Le groupe n’arrive pas à se dissoudre.
Il reste uni dans cette torpeur engluante, dans cette inertie qui l’empêche de s’épanouir.
Besoin de parler, besoin de s’exprimer. Sacré Besoin.
Comprendre le paquet de noeud.
Samedi soir à Salé, minuit passé, 4 apprenties dans une chambre universitaire s’interrogent sur elle même avec en bruit de fond de la musique marocaine et la rumeur d’un match réal Madrid vs Barcelona.
cela reste opaque mais la parole ne tarit pas.
Les jeunes comédiens marocains, eux, sont tout en fougue ; jeunesse flamboyante qui ne demande qu’à vivre, virevolter, loin de notre dynamique FAI AR : cette envie, cette nécessité de nous questionner.
Oui ! Nous sommes là pour nous bousculer, nous faire bousculer. Mais on sent un reproche, celui de vouloir avoir trop d’exigence dans notre travail. Celui de vouloir comprendre le pourquoi, le quoi et le comment.
Alors ? Quoi faire ? Comme les marocains, se taire et respecter le maître ?
je me couche ce soir avec des sentiments partagés. Je suis fier de cette promotion qui s’interroge, qui est pleines d’envies, de maturité, de puissance créatrice. Je suis heureux de cette confrontation perpétuelle qui nous place dans une dynamique de recherche, d’interrogation. Une équipe qui veut travailler, qui est exigeante et qui veut répondre à une exigence.
Mais une équipe aussi orgueilleuse qui n’accepte pas une certaine remise en question, qui passe peut être à côté d’un essentiel à vivre, à être, qui ne s’abandonne pas, qui n’écoute pas, qui s’écoute trop.
Dans mes dix dernières années, j’ai été conteur. Bien sûr, j’ai travaillé avec d’autres, en groupe, mais j’ai toujours cultivé un chemin solitaire. Aujourd’hui, je suis heureux de pouvoir avancer en groupe mais je ne sais pas encore si je suis heureux d’avancer avec ce groupe et surtout dans ce cadre qui nous est offert. Un cadre qui m’apparait bien bancale malgré sa si appétissante vitrine.
Aujourd’hui 11 décembre 2011, du fin fond de Salé, Maroc, je ne veux pas lâcher l’aventure, le groupe, l’expérience. Je veux trouver un sens à ma venue ici, je veux m’épanouir dans ce collectif, sonder mes envies dans un espace qui me soit ouvert. Je veux que ces fondamentales ne soient pas des espaces d’ennuie mais d’ébullition, ne soient pas des espaces d’attentes mais de propulsions… La liste est longue…
Là, je m’interroge.
Oui ! Le doute me gagne.









