Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
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sinon le silence si lancinent s’y lance

dimanche 11 décembre 2011, par Solen Briand.

lancinent

D’abord, je voulais m’excuser de pas avoir écrit depuis quelques jours, mais c’est pas ma faute, c’est un peu difficile.
On a que deux clés wifi et on est 15 à se taper dessus pour les utiliser, alors je dois attendre que tout le monde soit bourré et par terre pour pouvoir t’écrire tranquille. Là, moi j’ai les oreilles qui sifflent parce que y a Marie Agnès, DJ dj et 40° do brazil qui m’ont traîné en boîte de nuit pour "faire une étude antropo-économico-toxico-chorégraphique". Le truc c’est qu’au Maroc, ils ont pas de restriction sur le volume sonore alors ils ont pas non plus de tympan.
Maintenant je suis dans une bulle de sifflement, c’est pratique : j’entends pas Cochonou.
Et aussi, ça tombe bien parce que je discutais avec Nourdine (c’est mon copain sourd-muet, il fait de la musique) de comment il sentais les sons, et il m’a montré les trucs pour mieux sentir (comme tu mets ton pied contre le pied de la table, ou ta main sur une bouteille en plastique). Du coup je me suis amusé à écouter avec tout le corps. Il y a des endroits où c’est évident, et d’autres où tu sens des tous petits fourmillements, ça demande d’autant plus d’attention que quand tes oreilles marchent c’est moins facile de sentir les vibrations parce que tu as déjà l’essentiel de l’information sonore. Et comme on a pas de paupières aux oreilles… D’ailleurs ça aussi c’est un truc rigolo quand tu discutes avec un muet, détourner les yeux (ce que tu fais très souvent quand tu papotes) c’est pas possible, alors t’es obligé de regarder, t’es obligé d’être présent dans le dialogue.
Et c’est vrai aussi que ça change tout même quand on parle en groupe : le temps de traduire, ça créé les respirations, ça pose du vide (on dit des blagues) et après on se crie moins dessus.

Sinon j’ai pas grand chose à dire. Avec les copains, on fait plein d’activités éducatives et ludiques. On fait du théâtre de masqueuneutre, on a aussi fait le banc de poisson, à chaque fois j’ai déjà fait et j’aime pas trop. Même à un moment les monos ils ont dit : "mais vous êtes là pour faire du théâtre, on dirait que vous avez pas faim…" Alors que ça a rien à voir, moi j’ai faim, et j’aime bien le couscous aux raisins et aux oignons caramélisés ou le poulet grillé, mais j’ai pas fait la colo pour bouffer du Lecoq.

Heureusement, on a fait de la poterie mardi matin, c’était chouette, d’autant que ça faisait longtemps que j’en avais pas fait : la dernière fois c’est quand j’étais allé voir la psychologue pour faire de l’art thérapie et elle m’avait demandé de faire un portrait de moi en pâte à modeler. Et bin là c’était pareil ! Et moi j’ai fait un arbre avec des grandes racines et un monsieur qui sort du haut avec des grosses ailes trop lourdes qui arrêtent pas de tomber parce que l’argile était trop mouillée. Et Bianca, la mono, à midi (on a mangé des sardines au four à la tomate et aux oignons, c’était bon, même si j’aime pas trop les sardines, j’en ai mangé quand même) elle a dit que c’était drôle de nous voir essayé de faire tenir debout nos bonhommes qui arrêtaient pas de tomber. Elle a dit qu’il y avait du tragique là dedans, et moi j’ai dit que peut être le sacré c’est ce qui fait tenir les êtres debout.

Oui, parce qu’en ce moment, je sais pas trop pourquoi, il y a tout le monde qui se prend la tête pour savoir ce que c’est le « sacrééleprofane ». Caillou il dit que c’est la convergence des regards qui fait le sacré et Mamaroma (elle est drôle mamaroma, j’en ai pas encore parlé, je crois qu’elle en à marre aussi de la colo) elle elle dit que c’est Madona le sacré parce que quand elle était petite elle croyait en la Madone et quand elle a grandit elle croyait en Madona (la chanteuse) et au fond c’est la même chose.

Et y a aussi ioio (là j’ai pas encore trouvé son surnom, désolé) qui a dit un truc qui m’a plu, elle a dit que c’était des choses qu’elle a vécu qu’elle n’oublie jamais. Moi j’appelle ça la reconnaissance. Dans les deux sens du mot en même temps.

Et un vieux monsieur qui parlait beaucoup mercredi il a dit que « c’est ce à quoi on ne peut pas toucher. » C’était presque Lacanien… J’ai pas compris, mais ça me parle : c’est comme pour la poterie quand la gravité fait tout tomber.
Sinon, la grande découverte de la semaine c’est qu’il y a pas de crottes de chien sur les trottoirs marocains. Parce qu’il n’y a pas de chien tenu en laisse. Bon, en fait j’avoue, j’ai rien a dire parce que je me sens de moins en moins l’envie de faire une colonie de vacances, je crois que je voudrais rentrer à la maison.
Mais j’ai pas de maison.

P.-S.

Je te raconterais bientôt l’atelier parade qu’on va faire jeudi prochain, c’est sur on va faire la fête, ça va être chouette. Si je te raconte pas c’est que je me suis fait jeter des cailloux dessus par les enfants du quartier : on va bien s’amuser.

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