Laurent commence :
Où sont les punks en 2010, La crête elle pousse à l’intérieur me disait une des vieilles de la veille ( ou du vieux ?) Ce soir tout seul dans ma piscine, je surnage pour ne pas me noyer. Je voulais t’écrire, je suis allé faire un tour sur le blog juste avant, j’ai lu ton article sur les punks et la vitalité de la revendication sociale, la prise de position en tout cas. et c’est la question que je voulais te poser, où elle s’opère aujourd’hui cette vitalité, ce mouvement, comment est-ce qu’il se manifeste ? Génération bisounours ("changer le monde", y’a qu’à voir la tête du président du parti au pouvoir, ils l’ont mis là exprès, c’est pas possible autrement) je sais pas pourquoi j’écris ça avant d’aller sur le blog mon intention était de te parler d’une certaine forme d’utopie, je la rejoins donc maintenant et cesse ce flot de mots sans queue ni tête.
Le collectif, une utopie ? Qu’est-ce qu’on transporte avec nous quand on va se représenter devant du public, quels sont les fantômes que les gens vont voir derrière nous ? qu’est-ce qui est à réinventer ou à déconstruire ? Comment est-ce qu’on agi dans cette société avec laquelle nous grandissons, vieillissons, mourrons ?
Ce dont je rêve, moi, en traînant dans cette formation, en côtoyant des types comme vous, c’est de mener un travail et de pouvoir le combiner à celui des autres. ça ne veut pas dire renoncer à son individualité, à sa parole ou son regard d’artiste indépendant sur le monde bien au contraire mais comment est-ce qu’avec cette diversité des paroles on compose propose un dialogue. C’est ce que je dis très mal quand je dis se servir les uns des autres. C’est ce qu’on a pas fait en Slovénie, on peut imaginer le faire à Marseille en 2011, en dehors de toute structure, qu’elle quelle soit, excepté la fai ar. Après je parle de structure parce que c’est peut-être dommage que ça cesse en avril prochain, que y’a un potentiel réuni, que nous nous côtoyons pas mal, c’est dommage de ne pas capitaliser ce temps (j’emploie pas de très beaux termes, n’est-ce pas ?)
je vais tacher de rédiger quelque chose de moins troublé par le trop de mots, je te souhaite une belle nuit, à demain
Hello Laurent, belles questions, sensation euphorisante que nous avançons peu à peu sur ces questions... Mon point de vue donc. Malgré toutes les belles utopies que la notion de création collective peut comporter, et que j’ai défendu pendant au moins dix ans, aussi bien avec la Petite Compagnie qu’avec les Justins, je crois maintenant (malheureusement ? Je ne crois pas) qu’il est bien plus difficile de porter une parole individuelle de créateur que de se cacher derrière un collectif. Je crois que la création s’accompagne d’une certaine vision de la manière dont les choses doivent être et se faire et que la discussion, ou la réappropriation par d’autres de cette vision tend bien plus à en diluer le propos qu’à en sortir ce qui est intéressant. Un rejet de la démocratie molle en quelque sorte. Cela ne veut pas dire que les interprètes sont des moutons à qui l’on dit où faire, c’est juste qu’il y en a un qui a une idée, le concepteur, et que le but doit être de réaliser cette idée, dans toute sa profondeur, pas de rajouter les siennes par dessus, ou en opposition. Cela n’empêche pas du tout la discussion, la critique, l’appropriation individuelle. Mais concevoir un projet ensemble, je n’imagine cela que pour des choses dont je me fout (type fête de retour du Maroc par exemple), sinon, il faut qu’il y en ai au moins un qui mette ses couilles sur la table (ou ses petites lèvres, c’est pareil) et c’est loin d’être aussi facile que cela peut paraître. J’y vois plutôt une espèce de vision, de jouissance, quelque chose d’assez sorcier, qui demande une confiance totale dans ses partenaires, où des choses terriblement pragmatiques rentrent autant en jeux que l’envie elle même. Et puis c’est une recherche d’une part, un désir de l’autre, des choses un petit peu sacrée quoi. En fait, je crois en la vision sacrée de l’artiste, ce truc peut-être ringard, mais je crois qu’il est là le vrai risque. Quand à ce que nous avons à faire ensemble, je crois que nous ne sommes pas une formation d’interprètes, mais de concepteurs. Et quinze concepteurs ne pourront jamais se mettre d’accord ensemble. Surtout ceux là. C’est pour ça que je propose un lieu de compte-rendu de recherche, de discussion, de débats esthétiques, que j’aimerai saignants, pas de la création collective. Les fantômes dont tu parles, ceux qui sont derrière chaque représentation, réapparaîtraient ainsi d’une manière détournée, digérée, comprise, qui me plait vraiment. Après tout nous ne sommes que la somme de nos rencontres, lectures et réflexions, peut être... Bon, c’est sacrément bordélique comme réponse, pas la force de faire mieux maintenant. Mais si ça te bottes, lance ça sur le blog, il y a peut être une ou deux choses qui feront réagir ! Des bises, bon week end Mathurin
exclusivités, inclusivités jeux politiques
Mathurin, le dialogue continue. Tu as sans doute raison quant à la création collective, je n’y crois pas non plus ou alors dans certaines conditions qui relève de l’art de vivre ensemble, communauté hippie des années 70, peace love and free sex, théâtre militant et autres clichés. Je ne parle pas de cela. Je pense néanmoins que nous pouvons ou avons à faire quelque chose ensemble, de manière très pragmatique, trouver un moyen intelligent de tirer son épingle du jeu. Nous sommes dans cette formation professionnelle pour adulte, concepteurs réalisateurs en espace public, Je m’interroge pas mal sur la pertinence de l’idée, c’est quoi aujourd’hui une idée forte, quelque chose qui fasse bouger les lignes ? Où est-ce que ça réside ? Dans la production de l’idée, dans sa trouvaille, dans sa mise en oeuvre ? Je sais pas ça me semble facile d’avoir des idées, enfin c’est quelque chose de très accessible, après sa puissance dépend du contexte dans lequel elle s’inscrit, une question de pertinence, à qui s’adresse-t-on, et qu’est-ce qu’on veut faire passer, dire, transmettre ?
Une petite digression vers le Maroc, et je reviendrais ensuite sur l’objet premier de notre conversation, une mutualisation, plus qu’une collectivisation. Au Maroc, j’étais dans le bain, j’étais dans l’eau du Maroc, ma volonté n’était pas de changer l’eau de ce bain, de la rendre meilleure, mais simplement de voir comment moi je nageais dans cette eau, quels effets avait sur moi cette eau. J’eus alors envie une très forte envie de faire le clown, de jouer avec ce blanc occidental européen et sa gaucherie à nager dans ce bain-là. En faire rire en l’occurrence le Marrakchi réceptif à cet humour. Humour que j’avais oublié, ici en france en Europe, que j’avais relégué aux calendes grecques mais qui là-bas prenait tout son sens. Tout ça pour dire que je n’ai pas la prétention de vouloir changer le système, la société marocaine, mais simplement trouver le moyen d’exister dans cette société. L’idée forte, je sais pas si elle existe là, c’est un subterfuge à exister. En France, chez moi, dans ma culture, j’ai pas envie de les faire rire, les français, j’ai plus envie de leur donner un coup de pied au cul, leur faire ressentir un coup de frein, leur donner une idée de "l’alter mobilité", faire réagir la populace. C’est étonnant cette différence d’approche. Ici je veux bien tâcher à faire bouger les lignes, je dirais que la place de l’artiste se situe ici, qu’elle remplit un rôle social, sociétal, là-bas , je ne suis pas chez moi, je ne vais pas aller donner des leçons sur la façon d’entrevoir la vie en société. C’est une organisation féodale, le blanc est accompagné de ses fantômes coloniaux, d’une certaine image de la civilisation etc etc.
Revenons à nos moutons. Du rôle de l’artiste chez lui, du rôle que lui confère la société dans laquelle il s’établit. Selon moi, et en contradiction avec l’école Parnassienne, il a une utilité sociale, un rôle politique. Pour moi, l’idée forte elle réside ici : comment l’artiste intervient sur la société, et je pense qu’il n’est pas con de se réunir. Alors pourquoi, comment ? Je suis un peu embrouillé et j’ai tendance à tout mélanger, espèce d’incontinence verbeuse et concepteuse, recentrons sur le sujet premier.
Je ne pense pas qu’il soit judicieux de se réunir à quinze pour réaliser une idée qui n’est pas encore née, mais qu’il est pertinent de réunir nos idées déjà nées et d’en faire quelque chose d’intelligent. À la première lecture de nos ppc, j’ai vu plein de correspondances entres différents projets, entrevu la possibilité de créer quelque chose de toutes ces idées à l’intérieur d’un truc qu’on pourrait nommer pcc, qui réunirait les différents projets à l’intérieur d’un tout qui aurait de la cohérence. Je ne dis pas que nous devons tous nous réunir pour créer quelque chose ensemble, mais qu’il serait peut-être dommage de repartir d’ici, chacun avec son petit projet bien monté. 18 mois pour mettre à jour une idée ça me paraît beaucoup de temps, 1 ! mois pour apprendre à travailler, pour trouver les financements, établir le système nerveux d’une guerre toujours à mener, ça me paraît pas de trop. C’est dans cette optique là que je crois qu’il faudrait construire une structure qui permette à chacun de mener son combat, qui permette de se réunir si on en a l’envie, qui permette peut-être plus aisément de trouver des moyens (l’union fait la force, aux détenteurs de cette force d’en faire bon usage) ; Pourquoi faire quinze structures alors qu’une seule en tant qu’outil pourrait suffire ? Je vois cette réunion comme une arme politique, un moyen de trouver les moyens, en se regroupant, s’organisant on peut fonctionner avec les mêmes outils, suffit de se coordonner, de trouver quelque chose d’intelligent, et je crois que c’est possible, sans renier son identité artistique, sans faire de compromission, enfin voilà.
Le temps passe, la vie m’invite à d’autres activités, je t’embrasse, à bientôt. c’est une bonne idée que de balancer ça sur le blog, mais faudrait surement retravailler la forme
Hello laulau ! Deux question différente, depuis le début : "le rôle de l’artiste" et "que faire ensemble" effectivement liée si l’on se dit qu’il appartient aux artistes (entre autre) d’imaginer la société de demain (j’ai l’impression d’être dans un tract de l’Ump ou du conseil pour la création...), en tout cas d’imaginer de nouveaux "vivre ensemble (ça continue, tendance Royal...) Moi, je suis à un moment où j’ai envie de dire "Je" et pas "nous", ce qui est nouveau et plutôt risqué je trouve. J’ai envie de me fabriquer mes outils comme je les entend et d’en être le responsable. Cela me concerne. Je n’ai envie ni de délayer ni de deleguer. Après, si points communs il y a entre les différents projets (je n’en ai pas perçu), ce serait du côté de l’esthétique relationnelle, du théâtre invisible et de "faire prendre conscience aux gens...", trois choses que je rejette au plus haut point...Cela fait peut être partie du rôle de l’artiste mais ce ne sont pas mes méthodes. Car il s’agit aussi de méthodes pour un même but. Personnellement j’aime plutôt ce qui est rentre dedans, le propos frontal. Ce qui se prétend fin, sensible et intelligent me fait en général un peu chier. Question de gout. Je n’ai pas tellement envie de répondre sur le rôle en fait, je passe du pourquoi au comment, Jean Georges méthode.... Pour le que faire ensemble, nous quinze, plus les trente précédents et les X suivant, tant je crois que nous avons le même background, je dirais s’engueuler, débattre, discuter. Creuser nos différences, ne surtout pas être d’accord, ni sur les moyens ni sur les méthodes. Oser faire des choses qui ne plaisent à aucun autre. Ne pas laisser croire qu’une esthétique sorte de cette formation. C’est peut être cela être adulte. Assumer sa subjectivité et se battre les couilles du bon gout. Donc continuons le débat et lançons le tel quel sur le blog...En attente de réponses de chacun. Des bises à demain Mathurin










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