On part à l’aventure. On est deux, on a un micro, une bonnette, une perche et un enregistreur numérique. On part à l’aventure, on ne sait pas trop où on va. On a des envies, des idées, peut-être même des attentes. On se dit que c’est bien d’avoir pensé à elles, que c’est rassurant de se sentir sur une à peu près même longueur d’ondes mais que ce sera tout aussi bien s’il faut s’en éloigner, oublier, partir ailleurs, se laisser emmener.
Alors on y va. En fait, on doit y aller (il est l’heure) mais on y va avec une impatience et une curiosité. On est, à la première rencontre, surpris de se sentir là pour un projet artistique et bien là-dedans. Quelque part, ça fait son effet. On laisse aller, on laisse venir, on parle de pourquoi et comment on est là mais pas seulement. On construit le sujet. On bâtit ce qu’on n’aurait pas pu échafauder à deux parce qu’on est trois.
Après, on se dit que – oui – waouh – c’est chouette – dense – tout ce dont on a parlé – et la suite – on verra – ça va être bien – y a des chances – c’est pas sûr – ben non, c’est pas sûr – et tant mieux – mais quand même – un peu sûr.
Après, c’est l’aventure dans l’aventure. Entre temps, on s’est rendus compte que c’était passionnant. Donc deuxième départ, deuxième strate en quelque sorte, qu’on découvre. Alors on y va. Encore.
On marche, on s’assoit sur un muret, on se relève, on avance dans une direction ou on déambule au hasard. On parle, on discute, on papote et même, de temps en temps, on dit. Le tout, on l’enregistre, on le capte, on le capture. On se déçoit par moments, avec l’impression de ne pas bien s’y prendre. On se fait surprendre aussi, comme si on trouvait une perle dans une huitre.
On essaie d’être disponibles, concentrés, présents. On est partis avec la conviction que ce qui sera bon, ce sera de sentir au moment présent. Alors, on met de l’énergie à ne pas juger, pas là, pas maintenant, pas tout en même temps, ni dans le bon, ni dans le mauvais. On n’est pas sûr d’y arriver mais on essaie. On met de l’énergie à être là, dans l’action, dans le faire, juste ça et c’est déjà pas mal.
Après, retour, retour en dehors, on écoute, on réécoute, on coupe, on découpe. On sait que, dans la botte de foin qu’on a ramené, c’est des pépites qu’il y a, pas des aiguilles. On passe au peigne fin quatre heures d’enregistrement et montage, création sonore en forme de flashs.
Complexité de la forme de la restitution. Puis restitution. Publication, au sens poser comme public, et gratuité de l’acte. Rendre compte d’une rencontre en crée d’autres, des rencontres. Le gardien de Notre Dame de la Garde aime la végétation quand elle lui rappelle Madagascar. André est un marathonien et Samira a détaché ses cheveux.
On a voyagé dans une ville invisible, subjective et singulière. On a voyagé dans une réalité qui prend forme au fur et à mesure qu’on l’explore. Peut-être. Parce que cette réalité est unique, parce que c’est l’appréhension d’une ville, la perception d’une personne, tout ça invente un langage pour la nommer et ainsi, on dirait que ce langage façonne la réalité qui l’avait façonné. Étonnant.

Projet réalisé par Maël Palu et Elsa Vanzande avec Samira Ouinas-Mered
Marseille en noir et blanc
Bus
Comment on reconnaît un escalator marseillais
Enchaînement et mélange de sons quasi-aléatoire
Perceptions croisées d’une même place
L’automne, ça a un bruit
Les feutres verts
Au milieu de tout









