Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

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Rue LIBRE ? Et vidéo !

Quatrième semaine.

dimanche 28 octobre 2007, par Boueb.

Où il est question de mon absence, et de ma réticence face aux cadences infernales. Et où le journal automatique tourne à la correspondance.

Lundi 22 octobre Jour 15

J’ai lâché du lest sur l’écriture. J’ai manqué quelques jours, c’est mal, mais ça fait du bien aussi merde. Ça rend grossier la culpabilité.

Un bon week-end à la fraîche, froideur auvergnate, au chaud au Travet, chaleureusement accueilli par Steph et Fanny. Tiens, ils connaissent Manel, le collègue de Berta, apprenti de la première promo, en fin les potins quoi. C’est fabienne de lieux publics qui vient d’Ambert et qui connaît les Laurent, Manu et Karim de la fourme la plus et tout et tout. Karim il a un hélicoptère de poche radiocommandé qui marche du tonnerre Nélo a essayé, moi, j’ai pas pu.

Et si j’écrivais à des gens ou des personnes morales, légendaires ou divines ? Si je m’adressais aux gens auxquels je pense ? Au moins ça servirait à quelque chose. Mais je risque de devoir tout réintroduire à chaque fois : je suis à la Faiar, à Marseille, je fais ci et ça et justement je pense à toi parce que j’ai pensé ça ; oh lala j’ai encore mis mon médiocre génie au service de l’art. Bon, ça peut être une orientation pour ces écrits vains.

Ça me saoule un peu la journée du 27, l’internationale de la rue libre. Pourtant, j’adhère, c’est enthousiasmant. Ce qui m’emmerde, c’est tout simplement que ça grille le week-end avant de partir trois semaines à Canet de mar.
C’est bizarre d’essayer de prendre du recul en allant plus vite qu’à fond, sans avoir le temps d’approfondir. Mais bon au moins, la Faiar me permet de commencer au début et de cheminer plus ou moins dans le bon ordre.

J’ai pilotouillé un mac sur notre première journée de mise à niveau informatique. Je suis proche de zéro sur cette bête là. J’ai perdu mes repères. Il me faut un PC ! Ça me fait chier de craquer des ronds, de rentrer dans le moule de la masse informatique démocratique, mais pratique, quand même.

Mardi 23 octobre 2007 JOUR 16

Mes chères collègues, mes chers collègues, cher directeur, cher président, chers permanents, chers initiateurs passagers, chers collaborateurs éphémères, chère Faiar, chère rue libre ,

A quoi ça rime 70 heures semaine, 6 jour et demi ?! Oh, oui, ce n’est pas tout le temps, c’est exceptionnel, c’est le début, il faut que ça se rode, c’est ça aussi le métier, c’est comme ça en création et en tournée… Si tu veux des raisons, on t’en trouve tant que tu veux. De moi à moi, je n’en trouve pas. Sauf pour vous, je veux dire, me taire et le faire pour ne pas dégrader l’ambiance et la motivation, pour ne pas freiner, ne pas raler.

Pour moi, avant de partir trois semaines, j’aime, je veux, je sens même que je dois rester quelques heures, quelques jours avec les miens. Matériellement, affectivement, amoureusement, normalement.

Ma vie n’est pas sacrée, ni consacrée ; je donnerais mon corps à la science mais après ma mort ; je donne de mon corps et de mon esprit vivant à l’art, mais je le ménagerai par moments, je le louerai et le vendrai parfois.

J’aspire à l’équilibre. Je vis de mon métier, il me fait vivre, ma vie n’y est pas entièrement dévouée. Le plus important, ce sont les miens, mes amours. Je ne me fous pas de vous, ni des autres. Je prends le métier, la formation, les collègues, les savants et le public très au sérieux. Je travaille et je travaillerais avec autant de rigueur que possible.

J’ai donné pendant six ou sept ans du non-stop-à-fond-les-ballon, c’est comme ça que je me suis construit : trois services par jour, 7 jours sur7, les boulots, les fêtes, les repet’, les assos, les projets, les cours, les stages, les créations… Je fais art (la où ça fait aïe) pour moi. Je reçois, je donne pour construire, pour me construire, pas pour foutre en l’air.

Non, je ne participerais pas à la journée nationale du temps des arts de la rue. Puisqu’elle est libre, vive la liberté. Je le regrette, c’est évidemment sur ces projets rassembleurs qu’il faut se rassembler. Mais là, aujourd’hui, pour la première fois, je fais le choix d’investir sur moi, de travailler pour moi, comme vous, de mettre au premier plan, pour mieux me voir, pour mieux servir.

C’est le paradoxe du faiariste : se développer seul en développant la vie d’un groupe. Je culpabilise déjà d’utiliser mon frein moteur.

Moteur à quatre temps, j’y pense souvent. J’observe mon rythme : mois admission, semaine compression, jour explosion.

C’est le rythme de la vie, même si tout a tendance à tourner sur trois pattes, à tout les niveaux : le cosmos, la terre, l’atmosphère, les gens, les projets, les communautés, les civilisations. Plus on tend à observer et à respecter les quatre temps plus on est serein.

On se laisse toujours surprendre.

ADMISSION

COMPRESSION

EXPLOSION

DETENTE

Mercredi 24 octobre 2007 18ème jour.

Mon cher Tanguy, ô capitaine ; Ma chère Tortue, quel âge as-tu ? http://www.agedelatortue.org/

Je pense souvent à toi, pour hier, pour tout de suite et pour après.

Souvent, le soir, quand j’écris, le soir, automatique, 5 minutes, 32 lignes manuscrites, esprit libre.

Je pense souvent à toi. Souvent, quand on communique. Ici, quand je me bride. Ici, aujourd’hui, j’ai adopté un silence diplomatique par peur de contagion de mon désengagement sur une journée de trop. J’ai pris ce pli de tout dire à tout le monde, même quand c’est mal réfléchi ; et ça gène plus souvent les autres que moi. Souvent que je cherche ma pensée, ou à l’inverse ( grâce à cette pirouette pré-poétique ), quand je pense à ma recherche de fond formel et de forme fondée … l’art, les arts, les gens, les lieux, les fêtes, la culture, les cultures…

J’ai vu des flics près du centre social Daniel Casanova, au Canet (je crois). Beaucoup, huit minibus de CRS et des voitures banalisées, des gens rassemblés ça et là. Je ne sais pas pourquoi. C’était calme, un temps incertain. Des regards.

C’est avant Saint Mauront, une cité édentée où les dents saines peuvent encore mordre. Des gitans font un feu pas que de bois, pas que de joie, entre deux parkings. Les caddies-poussettes des trouves-poubelles convergent à la tombée du soir.

Je pense au Blosne, ma petite jolie Zupette chérie. S’ils venaient là les minots, ils en mèneraient pas large ; comme la première fois où j’ai mis les pieds au Blosne, Rennes Zup Sud vers les douze ans.

Je pense aux réseaux, aux rencontres, au boulot, aux connections. A mon parrain : Farouk, le pizzaïolo voisin de la Cité des Arts de la Rue, Les Aygalades. « d’accord c’est dur, y’a pas de cadeau, à part la vie rien t’ai donné, on se démerde, les vivants c’est plus fort… ».

Je me rappelle quand on pleurait, fin de soirée, bien arrosée, complètement rincés, de trop rêver qu’on pouvait tout changer, juste goûter les bienfaits de la liberté, de partager ces vérités.

Ton copain Jean, le conteur, je ne l’ai pas appelé, tout c’est pressé, moi pas assez, je ne traîne pas, mais dès fois je regarde les gens passer.

On part en Catalogne pour trois semaines. Je pense à toi, à Marion, à Némo, à votre maison, à la campagne, à la Bretagne, aux écolos, à notre terre, au mur, on fonce, on s’enfonce… Je pense à cette tortue tortueuse, lentement, solidement, craintivement, elle avance tranquille, tranquille, tranquille…

Jeudi 25 octobre JOUR 18

Ma chère fée des baies, (federation rue bretonne) http://www.lefourneau.com/tempsdesarts/index.htm

Est-ce un signe ? Aujourd’hui, alors qu’à lieu la dernière escale bretonne du temps des arts de la rue, en Finistère, tout au bout du bout, au plus loin de nous, en cette douce cité phocéenne. Et ben, plote de plote de plote de plote, le temps s’abeurnodit, les poules s’accroupiote, on va s’en prendre un’eurlopé. C’est pas du breton, c’est un patois d’Ille et vilaine, proche de bon nombre de patois français, tel le normand et même le sarthois mayennais. Il est de bon usage de ne pas ouvrir trop la bouche en parlant pour avoir le bon accent et ne pas passer pour un parigos.

En français dans le texte, ça veut dire qu’il pleut à Marseille. Pas un orage, non, pas un crachin non plus, pas des averses tropicales, non non non non. Une pluie brestoise arrose la ville depuis le milieu de l’après midi jusqu’au soir. Une de ces pluie qui mouille beaucoup, surtout les vaillants cyclistes comme moi. Depuis deux mois bientôt qu’on s’est posé en Provence, nous avons pu compter les gouttes : quelques vingtaines le 30 septembre, et une poignée 15 jours avant.

Bon mis à part le cliché météorologique, et l’honorifique affront que je vous fais en vous avouant que la pluie me manquait, j’en profite pour vous dire papy Michel (Crespin) prend bien soin de nous et que, en bon père de famille, Dominique Trichet s’acharne à nous donner les moyens d’une grande autonomie.

Nous viendrons à Brest dans un an seulement. Nous avons fait nos valises pour ne pas les poser, nous voyageons à Marseille, libre comme la rue.

Vendredi 26 octobre JOUR 19

Semaine 4, 1er mois.
On est toujours quinze, mais quinze moins. Semaine algéco, informatique et vidéo. En fait, c’est bien, on a beau râler, c’est plus par habitude et pour affirmer nos caractères individuels que pour de réel bonne raison. Il ne faut pas confondre l’existence des juges et l’exigence des justes.

J’ai tiré sur le cornet. Alors, je pense et je n’écris pas. La seconde suivante, j’écris, mais je ne pense plus.

Jim et Anika sites/www.apprentis-faiar.net/IMG/flv/JIM_et_ANIKA1.m4v.ff.flv
essais vidéo avec pixel 13

Jouons le jeux, il n’y à rien à perdre. Ce n’est pas non plus pour gagner. Jouons pour jouer et jouir de jouer mieux. Précisément, je veux parler d’un exercice vidéo avec lequel on a joué. On a pas joué avec les bonnes règles, on s’est déjoué des règles. (pour le "touné/monté" ci-dessus nous fûmes meilleurs joueurs) C’était un exercice de réalisation, de cadrage ; c’était un exercice technique et pratique, pas artistique ou intellectuel. Nous, nous avons passé un temps infini à bavarder, échanger, blablater, bon d’accord, ce n’est pas inintéressant. Du coup, on a cadré tout merdique, alors pour faire du tourné-monté, c’est mal barré, c’est foiré. Tout bien préparé, pourvu que ça soit simple et généreux. Il faut dire que j’avais un plan sur une idée simple, j’ai ravalé ma salive en regardant s’user celle de mes collègues. C’est orgueilleux et prétentieux : ça m’aurait peut être plus à moi, mais pas à eux. Mais ce n’était pas pour se plaire et prouver notre artistibilité, resistance-endurance, réactivité-inventivité, adaptation-rivalisation. Je me sens là pour essayer des techniques inconnues, pour m’exercer, pour questionner et dépasser celles que je crois connaître.

Vide, creux.

J’écrirais à Sylvain du vidéo bus,http://www.videobus.fr/ je lui parlerais de l’écoute des germanophones, qui attendent, comme lui, à la fin d’une phrase de savoir si son interlocuteur poursuit ou non son discours. Avec Sylvain, comme aussi avec Philippe de la Faiar, tu te demandes toujours s’il t’a entendu, compris, si ça l’amuse, s’il s’en fout ou si ça l’emmerde, s’il va te répondre ou s’il attend que tu continues à jacter, toi qui aime tant ça et qui redoute le silence, l’écoute, l’adresse. Comme Alexandre Del Perujia aussi, ils écoutent, cherchent à te comprendre, puis cherchent ce qu’ils peuvent te répondre pour créer l’échange. Peut être sont ils simplement lents.

1 Message

  • Rue LIBRE ? Et vidéo ! Le 28 mars 2008 à 23:13, par nono

    Tu fais danser les mots avec beaucoup d’aisance, les pauvres mignons parfois ils ne savent plus ou donner de la tête, mais il ont les pieds solides…Voila tout ca pour ne rien dire , seuleument que j’ai passé un bon moment dans tout ce debit de parole boufit de fantaisie…

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