Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

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Paysages-s-s-s

samedi 16 octobre 2010, par elsa vanzande.

en ballade

mardi 28 octobre 2010 - arrivée à Galié - 31510 - 87 habitants - vallée des Frontignes - Haute Garonne - France

Pour 3 semaines à Galié, en travail avec Véronique PENY, directrice artistique de la compagnie KMK, dans le cadre du projet « PAYSAGE » mené avec les Pronomade(s).

Une règle du jeu : les écritures contextuelles ou comment s’inspirer des lieux (au sens large du terme) pour construire un processus de création artistique.

Habitants éphémères d’un village ordinaire. Galié les blés l’horizon est à vous. Mettons des points sur les I et sur les bouses.

ACTE 1 : DÉCOUVRIR / s’imprégner comme des éponges

Premiers contacts avec Galié par la promenade. Ne pas regarder de cartes, ne pas faire de plans…

Se laisser aller à la marche, suivre ses intuitions sans itinéraire ; sentir la trajectoire prendre plus d’importance que la destination. Vivre le cheminement comme une manière d’appréhender, de ressentir un territoire. Marcher sans autre but que celui de marcher permet peut-être de voir différemment.

Prendre ce temps seul et seulement. Se laisser faire activement.

Partager ses promenades et ses ressentis. Raconter, poser des mots, redessiner son parcours… Prendre aussi du temps pour ça.

Souligner l’ordinaire d’ici, la DS, Isabelle, l’étable au centre du village, le drapeau pirate, le canal à joncs, la maison interdite, les mirages, la décharge verte, les berges de la Garonne, Richard l’animateur, le monument aux morts, les vierges en cages, les interstices entre les maisons…

Prendre encore du temps, pour éprouver physiquement le paysage. Se mettre à l’écoute. L’approcher par le geste et le mouvement, avec Edwine Fournier, chorégraphe. Dans un champ, sur cinq des treize ponts, puis en solo, parsemés, avec échanges de regards.

Et enfin, le temps de la rencontre et des présentations, avec les habitants de Galié (à la salle des fêtes, évidemment), puis avec des artistes intervenant dans les environs, pour le projet « PAYSAGE », Phéraille et ses Pheuillus, François Serveau et ses photos, Olivier Toulmonde qui tracte des citernes à eau dans les villages avec Edwine…

Compter sur tout ça pour vivre trois semaines à Galié. Habitants éphémères que nous sommes.

ACTE 2 : HABITER

Une semaine et quelques kilomètres plus tard, nous choisissons d’habiter les lieux qui nous ont marqués. Pour creuser la rencontre avec chaque endroit.

Habiter sous plusieurs formes par la présence, par des actes, par une installation… Prendre le temps de se laisser habiter par Galié. Travailler en creux.

Les habitants éphémères prennent leur quartier général à la salle des fêtes et livrent leurs actions poétiques de la journée sur la vitrine en mouvement quotidien. Communiquer notre cheminement éclaircit un peu le mystère de notre présence active dans ce village au repos.

Les projets se tissent et se croisent. On s’invite, on partage, on collabore, on doute aussi. Habiter, se projeter, s’approprier. De précieuses rencontres enrichissent nos propositions.

Les histoires s’écrivent au fil des échanges.

L’amorce de ce projet paysage est pour nous l’occasion de réfléchir sur la nature d’une présence artistique à long terme sur un territoire. Ce sont donc des embryons, des intuitions à pister, des tâtonnements pour laisser émerger des points de vue sensibles sur un paysage inconnu qui devient jour après jour familier…

EN ACTION

on dirait un fil à linge…

La maison aux géraniums et son très joli fil à linge rose, comme une note redondante dans nos récits de promenades. De cette présence, forte dans l’impression et subtile dans le paysage, naît l’envie de le prolonger, de le faire courir dans les rues.

Pour l’éclat, le contraste avec la gamme de couleurs de Galié. Pour l’écho, la résonance avec les lignes électriques qui sillonnent le village.

Partir de là, précisément du bout du fil existant, point de départ évident. Rencontrer Alain, haut en rire et en couleurs.

En avant, avec une échelle et des bobines. Le fil sera aujourd’hui rouge, en attendant qu’il ne se délave en fuchsia sous les rayons du soleil.

Choisir le parcours, dénicher les accroches, vieux clous, poteaux électriques, éléments de charpente… faire avec ce qu’il y a.

Au regard, se rendre compte que ce n’est pas une trajectoire qui s’offre d’emblée dans sa globalité, elle se dévoile au fur et à mesure des pas de celui qui la cherche. Tant mieux.

Un fil à suivre…

MOTeur mHAUTEUR

Faire remonter les mots sur les toits, de la terre à la surface du village. Comment les mots intimes traversent les espaces et se répandent dans Galié ? Habiter la poésie des mots de Galié et la verticalité du village. Explorer la friction du langage et des espaces (intime / public, dedans / dehors).

EXPERIMENTATION # 1 • RESEAUTRE Explorer le réseau de communication téléphonique pour prolonger les conversations et/ou en faire émerger de nouvelles. Poétique des mots–valises / engagement de l’espace dans la morphologie du langage.

EXPERIMENTATION #2 • COURRIER SENSIBLE Faire partager aux habitants un ressenti poétique puis utiliser les boites aux lettres collectives comme entrée sensible. Faire émerger un regard décalé et poétique pour faire pousser l’imagination. D’une poétique de l’intime au service public ?

j’habite à vue

« je ne connais rien ici je sais juste que je vais sortir ce matin de cet endroit qui me tient chaud qui est le mien je sais juste que je me trouverai confrontée à la surprise à l’interrogation de me voir habiter une chose qui ne ressemble en rien à une maison. »

un nid

Une expérience sur la durée avec des expérimentations différentes chaque jour. Faire des phénix avec des dragons et des flammes et tout… On cuit de la dinde dans le nid et on fait croire qu’on a cuisiné un ange… Faire un nid, une construction d’éléments cueillis, au naturel, qu’on fait voler jusqu’au lieu choisi. Éprouver le point de vue, est-on à l’abri en culminant ? Un nid de zombies avec plein d’hémoglobine et un zombie attaché à une corde comme Wiki le chien. Ou un nid caméra de surveillance et noter tous les allers et venues dans le village.

révéler un sentier

Explorer les contours du village. Pousser par la curiosité de suivre une trace. Nous redécouvrons le plaisir enfantin d’explorer un chemin caché. Là, de nouveaux points de vue s’offrent à nous, avec ce désir de les révéler et de rendre à Galié ce sentier.

Aux petits soins de ce trajet animal : balayage, défrichage en franges de la nature hirsute. L’évidence d’une coupe d’automne et un balisage de circonstances. Nous vous laissons découvrir la route qui dorénavant permet au cerf et à la biche de se retrouver.

ici, les gens ne meurent plus

Pourquoi j’ai choisi d’habiter ici ? Je crois que ce cimetière m’a attirée, peut-être parce qu’il est habité et plus habité, on dirait qu’il s’est arrêté dans le temps, il garde en mémoire les personnes qui sont là et il a un peu un côté abandonné. Ça m’a intriguée… J’ai fait le tour des tombes, il y a des dates et j’ai vu que la plus récente était en 1975 et du coup je me suis demandée où étaient les autres parce qu’il y a forcément toujours des morts entre 1975 et 2010. Il y avait déjà un premier mystère (…).

C’est un cimetière mais un cimetière qui a sa patine du temps. Et puis après, sa position, sa position par rapport à Galié, c’est un peu comme une sentinelle. Ça domine la vallée (…).

J’ai bien aimé ici ce qui est marqué : « ici repose ».

N125

J’habite sur la nationale 125.

mercredi 6 octobre, Un radar est installé à l’entrée de Galié. Un peu à l’écart est postée une voiture banalisée de la gendarmerie. Faut-il attribuer sa présence à l’accident survenu au niveau de Ore le matin même ? La veille, le radar était à Luscan. Le lieu est stratégique.

La nationale est dangereuse. Trop d’automobilistes pressés et plus encore les camions qui vont passer la frontière espagnole. La montagne s’interpose et vient rompre la rectitude du tracé humain par une succession de virages traîtres : rappel à l’ordre brutal des conducteurs étourdis.

Dans la ma(i)rie de Galié, épinglées au mur, les coupures de la Dépêche du Midi , témoignent des accidents qui, au fil des ans, endeuillent le village.

La nationale est dangereuse et omniprésente. Impossible d’échapper à son vrombissement quasi continuel en journée. La voiture règne, y compris dans les rues du village. Le piéton n’a qu’à bien se tenir ! C’est peut-être pour cela qu’il se cache.

Fléau mais aussi voie de communication indispensable. Qui voudrait y renoncer ? Alors, regardons-la cette route !

Asseyons-nous sur les bancs délaissés, à l’entrée du village. Sur les deux à côté du monument au mort. Et surtout sur celui en pierres et restes de bitume. Il est aussi inconfortable qu’il en a l’air. Mais bon… Toisons-la cette route, dans les yeux des automobilistes, qui brièvement tournent la tête.

Est-ce l’effet du radar ou d’une présence incongrue ?

La présence du banc est soulignée par une ligne de chaises blanches. Automobiliste, attention, le village veille ! Et toi tu poursuis ta route un point d’interrogation dans le regard…

l’absent

C’est l’histoire d’un « i », celui de la mairie de Galié.

Un jour, le « i » prit congé. Il avait envie de voir du pays. « Exister c’est bouger ». Poussé par le désir de liberté et d’ailleurs, il partit à la rencontre des « i » des autres pays : Russie, Laponie, Mongolie…

Aucun des habitants de Galié ne semblait avoir remarqué son absence, jusqu’au jour où son fantôme vint frapper à leur porte pour les interroger sur cette mystérieuse disparition.

La mairie de Galié ne pouvait rester sans « i ». Perdant tout espoir de le retrouver, il fallait trouver un successeur.

Le fantôme se mit alors à la recherche du nouveau « i » parmi ceux qui peuplaient la petite bourgade. Après les avoir tous répertoriés, il proposa aux Galiéens de voter pour le « i » qui leur semblerait le plus à même d’habiter l’espace vide de la mairie.

AU FINAL

Séverine Bruneton, Laetitia Cordier, Anne Corté, Nadège Delalande, Emeline Guillaud, Abigaël Lordon, Maël Palu, Elsa Vanzande, apprentis de la 3ème promotion de la FAIAR adressent leurs remerciements les plus chaleureux à tous les habitants de Galié, la Mairie de Galié et Pierre Abbes, Véronique Pény, Pronomade(s) et son équipe, Philippe Saunier-Borrell, Stéphanie Brun, Michel Farré, Marion Vian et Coraline Bergerault, le gîte d’Ore, Jean-François Cancalon et Anne Moreau, Edwine Fournier, Olivier Toulmonde, François Serveau, Phéraille… pour leur accueil et leur générosité.

Textes extraits du livret "MERCREDI 13 PONTS" réalisé à Galié et laissé en souvenir à chaque habitant.

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