Quand on est Palanchou, on se réveille tous les matins avec Agathe et Sophie, les deux Soeurs du Gerbier. Il n’y a que les jours de brouillard qu’elles ne sont pas là. Sinon, elles veillent sur nous. Quand on est Palanchou, on dit que le passage du Col Vert, nous amène directement à Villard de Lans, mais on n’y va jamais… D’ailleurs, on ne va pas souvent nulle part, car quand on est Palanchou on aime son pays et on n’aime pas le quitter. Quand on est Palanchou, on parle de tout ce qu’on peut faire dans le pays mais on n’y fait jamais rien. On se moque de ceux qui viennent y faire une visite. Les touristes on les appelle les Chaberts, et, c’est bien connu, « Les Chaberts ne s’usent que s’y l’on s’en sert ». On est bien content d’avoir de la visite pourtant.
Quand on est Palanchou il y a de fortes chances que nos parents soient paysans. Vaches Montbéliardes, tachées de rouges et de blanc et qui paissent tranquillement dans les prés. Un jour, deux Saint-Bernard sont partis derrière un troupeau de génisses. Ils les ont poursuivis sur le chemin d’En Balayère et dans la panique, le troupeau entier s’est jeté par le Belvédère. Donc, quand on est Palanchou, on n’aime pas les Saint-Bernard, car quand on est Palanchou, on a une bonne mémoire. « C’était quinze génisses qui appartenaient aux Bouchier ! », « Mais non, elles étaient 7 et c’était le troupeau des Bolier… ».
Quand on est Palanchou, on parle de la Martinière qui va bientôt fermer, du Sanatorium qui finira par s’effondrer si on n’y fait rien, de la 4L des Galisson qu’on nomme la Galipette, de la Marie-Noire et de son frère qui reste malgré tout en vie. Chez eux, le chien a fait une tranchée autour de l’arbre auquel il est attaché toute la journée. Leur maison n’a pas bougé depuis les années trente, la même cuisinière, le même évier. Est-ce qu’ils dorment ensemble tu crois ? Et puis il y a cette maison étrange peuplée d’étrangers. Est-ce une secte ou une communauté ? Quand on est Palanchou on rêve de le savoir mais jamais on ira le demander… Et puis il y a aussi la Fifette, qui fume la pipe et qui dresse ses chevaux, le fils Bolier qui répare des vieilles motos, sa soeur qu’est championne de ski. Le directeur de la Maison du Parc, c’est Alain Roux qu’est pas du pays mais qu’est bien accepté et Maurice Dussert qui fait le cantonnier. Lui, qui est du pays depuis toujours, il m’a raconté qu’un jour un avion s’était posé sur le Mont-Aiguille, qu’est la 7ème Merveille du Dauphiné. Il m’en a raconté plein d’autres des histoires, je l’ai toujours cru, il les raconte bien ses histoires…
La nature est toujours présente ici. Elle nous entoure, nous protège mais nous oppresse aussi par moments. Quand on Palanchou on fait semblant de ne pas s’y intéresser mais on sent tout ce qui s’y passe. On sait que les jours de très beau temps, c’est du Belvédère qu’on peut voir le Mont-Blanc, on sait que quand la Buse siffle, il va bientôt pleuvoir, que quand on voit le renard, c’est la neige qui va tomber. Et quand il neige ici, il pleut dans la vallée. Quand on est Palanchou on ne fait pas de ski mais on participe au déneigement. Un jour, Jean-Yves et Maurice ont passé presque trois jours sans s’arrêter dans le camion de la DDE tellement la neige tombait. Heureusement que c’est Pierre qui a pris le relais à la ferme. Ensuite le temps s’est réchauffé et il a plu, la neige a fondu presque d’un coup et l’eau a emporté tous les ponts de la vallée. On ne pouvait plus traverser nulle part… Il y a aussi ceux qui dament les pistes de ski de fond. Radio à fond dans le Ratrak, ils passent la nuit à redessiner deux traces parfaitement parallèles, que les Chaberts s’amusent à casser dans la journée.
L’été, il y a les jeunes vacanciers qui sont en séjour à la Maison du Parc pour faire : du VTT sur la piste forestière, de l’escalade à la Pierre Folatière, de la voile au lac de Monteynard, du parapente sur les pentes de l’Épérimont et de l’équitation à la ferme des Bouchier. Une quinzaine de chevaux sont là, je vais les chercher au pré le matin pour leur donner à manger dans leur stalles. Après les stagiaires arrivent et avec la Fifette, on s’en occupe. Le soir je remets les chevaux au pré, je peux rester des heures à les observer… Et il y a aussi les foins, 1ère coupe en juillet, le refoin en août et la paille après. Quand on est Palanchou on ne dit pas regain mais refoin, les hêtres, on les appelle les fayards, et moi, on m’appelle le Ratamiard… Au moins un jour dans l’année on remet en route le four à bois du bois du village et c’est Maurice Dussert qui fait le pain pour tout le monde. Il y a aussi les bassins, une dizaine au moins, où l’eau de la montagne y coule sans s’arrêter. La paysanne y lave ses bottes, le Chaberts ses mains et demande si elle est potable, les chien s’y baignent et les chevaux y boivent.
Il y aurait encore plein de choses à dire, à raconter mais quand on est Palanchou, on aime garder ses petits secrets.
La dernière chose encore, si on est Palanchou, c’est qu’on habite un petit village du Vercors, au pied de la falaise du Gerbier et qui s’appelle Prélenfrey…











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