Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

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Mise à l’eau

Deuxième semaine

lundi 15 octobre 2007, par Boueb.

un résumé accrocheur ! Comme on parle beaucoup, on ne fait presque que ça, j’écris beaucoup ! ça ne sert à rien ? Moi j’écris, toi tu lis libre.

Lundi 8 octobre 2007 JOUR 6

Un week-end est passé. Bien passé. Vite, forcément. Mais vraiment bien.

La calanque de Sormiou. Drôle de choc à l’arrivée pour les nordiques que nous sommes. Une vue merveilleuse et vertigineuse, route viragineuse. Parking 3€, mais tu peux te garer dans le ravin et descendre à pied. Sur la plage, espace vitale 1m2 par personne sur le sable. Mais au moins 1000 m3 de mer chacun. Heureusement qu’elle est bonne.

Youn me hurle sur les genoux : pause.

Evidemment je ne sais plus où j’en étais. J’ai l’impression que ça fait des semaines que nous nous connaissons, d’avoir des complices. Il était grand temps de faire cette impro d’abeilles urbaines avec Caroline d’Artonic à la Friche de la Belle de Mai. C’est une friche friche, pas une friche neuve, c’est immense, grandiose. Je me sens plus libre, plus utile, plus chargé, investit d’un sens, d’un labeur, des âmes, des ouvriers et des ouvrières qui fourmillaient. Et nous qui butinons. Ça a aussi l’air d’être un gros bordel d’organisation et de financement. C’est compliqué d’expliquer simplement : société, apport financier, rentabilité !? L’avenir incertain d’un bâtiment du passé.

J’ai lu « un homme est mort », une BD de Etienne Davodeau. Un mouvement de grève pendant la reconstruction de Brest en 1950. Les gendarmes ont tiré, un homme est tombé. J’ai déjà oublié le nom du cinéaste qui vient filmer le mouvement. Ils projettent le montage sur les piliers de grèves et dans les communes finistériennes. Après presque cent diffusions la bande brûle. Un des grévistes s’approprie un poème et le dit avec ses mots et son cœur. L’auteur du poème est en joie d’avoir vu son œuvre devenir culture. On ne doit pas se tuer au travail, on ne doit pas tuer un travailleur ni à la tache ni en grève. Ils voulaient juste du pain et du lait. A pleurer.

Je commence à balancer. Voel, être sympathique au demeurant, a une tendance excessive : petite mine due aux 3eme, 4eme et 5eme mi-temps d’un samedi soir de quart de final de coupe du monde de rugby où les français ont vaincus les néo-zélandais, parce que l’arbitre n’a pas sifflé un « en avant ». Voel, donc, bave quand il joue l’endormi en improvisation sommeillante. Et, dans un fracas, son banc s’est affaissé pendant une réunion sur la fête de la mise à l’eau. Les exquis excès.

Mardi 9 octobre 2007 Jour 7

Blablablablablabla, « patatati et patatata ». Encore et encore. On sert des mains, se présente, on est gentil, on dit bonjour, on est poli, on écoute, on s’intéresse. Heureusement que j’aime bien parler et que j’essaie de comprendre le jeux des porteurs de projet/supporters de porteur de projet/financeurs des porteurs, des supporters et de leurs projets. La politique, les politiques culturelles me concernent. Mais là, tout d’un coup, dans les deux oreilles et mes deux petits cerveaux, ça fait blablablabla .

Alors ouf ! on va jouer de la musique. ! Et non, on ne s’amuse pas au musicien : on parle ! Tu parles…S’éclater à la pratique mélomaniaque. Ben non, blablabla gamme patatati modale bliblablo programme patatoes. Raphaël Imbert, tu ne savais pas qu’on parlait depuis huit jours consécutif et que nous avons soif de jeux. Cela dit j’aime t’écouter parler (toi aussi d’ailleurs), c’est passionné et donc passionnant.

Ballade à blablabla aixoise, la bourgeoise, l’intello cultureuse, berceau des arts de la rue, oui madame, oui monsieur ! La DRAC blablabla intense, tiens ! Chouette ils aident à la création la Divine Quincaillerie niçoise. Tiens encore la boubourde « animatoire », ce mot me donne envie de vomir sur ceux qui l’emploient. Extrait déroutant du cadrage présidentiel au ministère de la culture, il est question du public !

Et puis Arcade interprète médiateur accompagnant. Méditer sur la médiation. Agiter la modération. Face à une énorme demande, beaucoup de compagnie, labyrinthe du financement, stratégie … il ne parle (ouf) pas de surproduction artistique ; peut être parce qu’ils en bouffent. 30 salariés, c’est une bien belle grosse compagnie, bien aidée pour aider les autres. C’est incroyable la masse de dispositif français. Une jungle avec des guides, des indigènes et des touristes-apprentis qui parfois s’endorment en cours de visite et prennent des photos. J’ai contenu un fou rire en observant Michel Crespin, Michael et Jérémie piquer du blaze DRAC. Mercredi 10 octobre Jour 8

Hier nous étions le mercredi 10 octobre. Il faut que je me tienne à écrire chaque jour, le jour, dans le vif, noter des thèmes à explorer. Sitôt qu’il y a un décalage, une distance, un bout de vie à nous…faire le tajine, des prouts dans le cou de Youn, boire l’apéro avec Julie et Val, se péter la panse aux pâtisseries orientales. Un dernier macroute avant de prendre la route.

Qu’est ce que tu voulais faire quand tu étais petit ? Marianne maîtresse. Val journaliste, détective ou espionne. Julie avait une liste chronologique qui prévoyait de finir bonne sœur à un age avancé pour acheter sa place au paradis. Et moi, ben, je voulais être clown. Autant Marianne a eu peur d’une trop grande stabilité et a repoussé ce projet ; autant l’instabilité m’y a également fait penser à faire instit’, à l’adolescence avec le poids des grandes personnes qui te veulent du bien.

Hier donc, on a fait, si si, on a fait art. On a aussi beaucoup parlé, pour ne pas perdre l’habitude d’un coup. On a nettoyé, préparé, filmé, tous nous tout nu baigné, échauffé, artoniqué, joué et même philosophé : Le chœur chorégraphique : que faire de la tension entre le clown et le clone.

Mari mira. Drôle d’expo, surtout deux drôles de créateurs voyageurs. Des rencontres, des connivences, des échanges avec « les excentriques populaires » qui retourne la réalité parfois difficile à leur avantage. Pour son confort et son bonheur, pour la joie. Pas pour prouver son inventivité. L’art de vivre mieux avec des bouts de rien. Ça me rappelle ces années caravanes à la Villa mon Bprounmpfv, où le luxe c’est le confort dans la précarité et la richesse de l’imagination.

Jeudi 11 et vendredi 12 octobre 2007 JOUR 9 et 10

C’est la fin du ramadan. Nous, ça fait déjà trois jours qu’on mange des pâtisseries, surtout moi. Marianne a eu mal au ventre l’autre soir et Nélo n’aime pas trop, sauf les macroutes aux figues. L’imam chante dans la radio des voisins du premier étage.

Au syndicat des papas, on est dévoué et motivé. Mais, au contraire d’une grande majorité, on ne s’est pas couché à 4 heures du matin pour réattaquer à 10. On n’a pas fait de montage son ou vidéo, on n’est pas allé chercher la lumière à lieux publics, on n’a pas lavé la récup’ de jeux de plage. On n’a pas zélé et pourtant on n’a pas chômé.

Une fête, une bouffe, une rencontre, une présentation, un Jean George, un moment presque convivial, une visite, des invités, des parrains. Un farouk, mon mien, et ses amis : Steve et Polo. Ils sculptent le bois et la pierre. Farouk fait à manger pas cher pour les autres. Ils étaient contents, un peu impressionnés. Ils n’ont pas trop osé se mêler complètement aux autres, surtout polo.

Un bol de soupe, un pétard, deux sardines, des pas de danses, une bière, une chenille géante qui traverse les bureaux, une free party acoustique et vocal à vingt dans le nôtre, le plus petit. Vingt zezettes et zozos euphoriques dans 6 m2.

Elodie et Kurt font des portés acrobatiques, Julie passe des morceaux des 17 hyppies. Lili parvient, essoufflée, à demander à Franck une musique plus douce, enfin, plus lente surtout, pour le souffle, le cœur, la soupe.

Heureusement que l’ordinateur que m’a prêté Voel s’éteignait seul au bout de 10 minutes. C’est gênant de boucler une présentation assez minable. Quel idiot, il y avait tout et rien. L’idée était simple et ordinaire, il ne fallait pas rater autant ça réalisation. J’aurais du choisir un très gros plan sur ma bouche qui s’élargit vers un gros plan de ma tête et c’est tout. C’est fait.

Mais au moins, merde quel idiot, j’aurais pu mettre le CV DVD de 10 minutes que j’ai présenté pour ma candidature. Les autres, qui sont certainement moins idiot que moi, on fait des belles propositions. Je n’ai pas vu celle de Hélène ni de Voel.

Demain, on part pour pontempeyrat. Le programme est chargé, pourvu que nous restions légers. Comme je ne porte pas mon portable, je n’apprends heureusement que trop tard la proposition de faire une presta-percu d’une demi heure en boite de nuit aixoise. Dominique ?! Tentative de dispersion, dérive animatoire, ou tout travail mérite salaire et tout salaire est bon à prendre. Comme je dis encore assez mal non, je préfère dire je ne sais pas. C’est mal, réveillez moi, écrivez moi.

Pas le salaire d’aix donc, mais le bon air auvergnat !

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