Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

Accueil du site > Promo 2009/2011 > Faiaroscope > Mathurin Gasparini > projet personnel de création > Le cours de la bourse

Le cours de la bourse

vendredi 30 octobre 2009, par Mathurin Gasparini.

1 Présentation

Elle toute seule puis ZZ lui répond d’un point élevé (l’escabeau ?) derrière le public.

Passants, passantes, toi qui t’arrêtes, venez suivre l’aventure en direct, un exploit jamais tenté, par l’un de nos plus grands aventuriers modernes, l’immense, le musculaire, l’intrépide Zénobie Zénone, la remontée du cours de la bourse à la nage !!! Après la traversée de la méditerranée en filet de pèche, la chute du communisme dans un tonneau, l’ascension du capitalisme à mains nues, par la face nord en plein hiver, avec ses petits doigts tout gelés, le tour de la mondialisation contre vents et marées sur un bouclier fiscal, le Zambèze puis la Corrèze, non la Corrèze avant le Zambèze, aujourd’hui notre chevalier des temps modernes s’attaque à une nouvelle épreuve, pour laquelle il risquera encore une fois sa vie, la remontée du fleuve bourse à la nage !!!! Mais je vais tout de suite contacter Zénobie, allo Zénobie, m’entendez vous ? Allo ? Depuis un autre endroit, dans le dos du public, comme pour faire un deuzième cercle.
-Oui oui, je vous entend bien, en effet Marguerite, je suis là.
-Très bien, alors Zénobie, pouvez vous nous en dire plus sur les périples qui vous attendent ? Oui Marguerite, Le cours de la bourse donc, l’un des fleuves les plus dangereux au monde, à tel point quel nul n’en a jamais atteint la source. C’est l’exploit que je me propose de réaliser aujourd’hui.
-Très bien, alors Zénobie, pouvez vous nous en dire plus sur les périples qui vous attendent ?
-Je plongerai tout d’abord dans l’océan des nouveaux besoins, aux multiples produits miraculeux, une courte nage sans difficulté me mènera à l’embouchure du fleuve des entrepreneurs, ses piranhas, ses requins sauvages, ses créances pourries, pas de réels dangers jusqu’ici.
-Oui, vous avez connu pire, nous nous en rappelons.
-Je ne vous le fait pas dire. Il me faudra ensuite remonter les rapides boursiers, ou tant d’aventuriers avant moi ont perdus la vie, et enfin arriver au pied des chutes de la banque que personne n’a jamais réussi à escalader jusqu’au sommet. Plus loin la main de l’homme n’a jamais mis les pieds. Nul ne sait ce que je découvrirai.
-Parions que cette exploration sera des plus enrichissantes pour la science économique moderne. Bien, votre matériel est-il prêt ? Qu’avez vous emporté avec vous pour réussir cette aventure, pouvez vous nous décrire votre équipement ?
-Oui Marguerite, il n’y là rien que de très classique, Machette, gourde, casque, équipement de protection, j’ai également cette planche, qui me permet une nage plus reposante, ainsi que quelques rations de survie.
-Voilà qui vous permettra de remonter tel un saumon le cours de la bourse jusqu’à sa source !!! Bien, êtes vous prêt ?
-Tout à fait Marguerite.
-Bien, ou êtes vous actuellement ?
-A bord d’un hélicoptère qui me jetera d’ici quelques instants dans l’océan des nouveaux besoins, dans lequel se jette le cours de la bourse, c’est d’ici que je commencerait ma remontée.
-Vous allez pouvoir sauter alors 5 4 3 2 1 go. Plongée, applaudissements.
-Votre amerrissage semble s’être fort bien passé, vous m’entendez toujours ? Zénobie ?
-En effet, oui je suis là Marguerite, c’est magnifique.
-Pouvez vous nous décrire ce que vous voyez ?
-Je nage dans un océan de biens de consommation courante. Téléphones portables, GPS, wi fi, ADSL, turbo 8 diesel direction assisté 180 giga de mémoire, commerce à perte de vue, gadgets sans cesse renouvelés, 18000 pixels à double foyer radiant isothermique lave plus blanc, promesses de bonheur et d’avenir radieux, Espace de bien être, spa, lounge bar, drogues chimiques, le nouveau ringardisant immédiatement le précédent. La première phase de la domination de l’économie avait entrainé une dégradation de l’être en avoir. La phase présente conduit à un glissement de l’avoir au paraître, dont tout avoir doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. La question de la survie est résolue, mais d’une manière telle qu’elle doit se retrouver toujours. L’abondance des marchandises ne peut être plus que la survie augmentée. La consommation aliénée devient un devoir supplémentaire à la production aliénée. Le consommateur réel devient consommateur d’illusions.
-Oui oui c’est magnifique tout cela mais je vois que vous commencez à perdre les pédales. Reposez vous quelques instants je vous prie, le temps pour moi de vous rappeler chers spectateurs que cette aventure ne serait pas possible sans vous, oui vous, qui financez nos expéditions depuis déjà si longtemps. De nombreuses organisations non gouvernementales se sont déjà engagées à nos côtés, les promesses de dons affluent, tous les milieux proches de l’alter mondialisme nous soutiennent, Manu Chao lui même à fait un concert pour soutenir notre entreprise. Et Pôle emploi, et le RSA, même la Fai Ar, tout le monde vous dis-je, apôtres du libéralisme, adeptes de la liberté d’entreprendre, scientifiques de l’économie et prix Nobel du grand marchés. Un plan du parcours sera offert à chaque nouveau sponsor. Ainsi qu’une garantie de commerce équitable 100 pour cent écologique. N’hésitez pas, les dons seront déduits de vos impôts. Mais reprenons, je vois que vous paraissez en pleine forme ?
-Oui, excusez moi pour ce moment d’égarement.
-Bien, où en êtes vous donc ?
-Je remonte le long fleuve des entreprises, peuplé de piranhas, de requins du management de bancs de patrons, avec leurs DRH pilotes. Le courant n’est pas trop fort.
-C’est une promenade de santé pour l’instant.
- Vous savez, les entreprises délocalisent, relocalisent, fusionnent, sous traitent, licencient, sous une apparence de calme plat, les courants sont dangereux. Les entreprises mondialisées recherchent toujours plus de profit et les normes, le droit du travail sont souvent détournés.
-Oui, comme disait un patron, ce qu’il faut c’est « La liberté d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales. »
-Mais ce n’est pas tout, le fleuve des entreprise impose ses lois et se gaussent des « volontés politiciennes de courte vue qui s’imaginent pouvoir remonter le puissant courant avec des embarcations de fortune qui prennent l’eau dès leur mouillage ». -Faites attention qu’un quelconque courant libéral ne vous emporte pas.
-Bien sur je suis un habitué de ce genre de marigots, libéral, néo libéral, social démocrate. Vous savez, malgrès ce que dit le philosophe, il s’agit toujours du même fleuve.
-Je vois que vous faites preuve d’un bel esprit d’entreprise, c’est important cela, tous vos sponsors, qui sont maintenant également vos patrons, peuvent vous applaudir et vous remercier.
-Une fois que l’on a compris que le monde de l’entreprise est le « passage obligé vers un monde meilleur, plus riche, plus heureux et plus durable », qu’il n’existe nul autre voies, c’est un bonheur de risquer sa vie pour ses patrons.
-Et oui, ce sont eux les créateurs de nouveaux produits, de nouveaux besoins, les forces vives de la nation, petites et moyennes entreprises, innovantes, créatrices de richesses, qui ne rêvent que d’émancipation des clients, dont le principal souci est bonheur des employés, le plaisir des actionnaires.
-Oui, c’est le « triangle d’or de la réussite : clients, actionnaires, collaborateurs, de leurs satisfactions simultanées dépend notre réussite. »
-Mon dieu mais comme vous parlez bien Zénobie, smic horaire, rentabilité, valeur travail, avancement, compétition, Medef, Laurence Parisot, travailler plus pour gagner plus, que ces mots sont doux, retenez moi, je vais faire pipi dans ma culotte.
-Du calme Marguerite, vous ne croyez pas qu’il y a déjà assez d’eau par ici ?
- Vous avez raisons, mais je ne peux m’empécher de penser à cette si belle phrase de Bernard Tapie, les premiers mots de son ouvrage intitulé « librement », vous vous en souvenez ?
-Je connais bien la poésie de cet auteur, je ne me rappelle plus de cette phrase là, pouvez vous me la remettre en mémoire ?
-Avec plaisir, Zénobie, c’est tellement intense, je vous la livre brut : « Quelle histoire ! Quelle belle histoire quand même que la vie ! Quelle aventure ! »
-Vous avez raison, c’est tellement puissant. On comprend tout de suite que « La réalité économique ne porte jamais sur des corps simples »
-Jen ai une autre, d’Alain Minc celle là, je peux ?
-Profitez-en pendant que je continue ma remontée du fleuve bourse.
- « Tout reste à écrire. Le nouvel âge du capitalisme, fruit de la globalisation et de la révolution technologique, efface les traces du passé. »
-Vous me faites peur là Marguerite, vous croyez vraiment à ces foutaises, à cet optimisme béat ? À cette « fin de l’histoire » comme disais l’autre ? Non, ce n’est qu’en remontant patiemment « le fleuve étroit, mais vif, de l’économie de marché » que nous saurons en voir les dangers, les pièges et les limites. Il nous faut cartographier le système économique et y mettre des frontières qui interdisent les pratiques anti-humanistes. Empêcher les nimporte qui de faire nimporte quoi. Suis-je assez clair Marguerite ?
-Oui tout à fait Zénobie, excusez moi. Je me laisse emporter par les courants, sans vous je pataugerai encore dans les nouveaux besoins. On sent vraiment que vous oeuvrez pour le bien de l’humanité. D’ailleurs, cher spectateurs, pour soutenir cette aventure, n’hésitez pas à donner, c’est défiscalisé jusqu’à hauteur de 20% des revenus bruts avant abbatement, déduction faites des autres sources d’impositions une fois appliqué la quote part légale suivant la’article 17-2 de la loi Dupont du 03/06/04.
-Je vois que vous ne perdez pas complètement l’esprit Marguerite.
- « Pendant les affaires les affaires continuent. »

Tout autour c’est la jungle, luxuriante et dangereuse, avec ces sauvages qui jouent du tam tam, notre héros avance pour l’instant sans sourciller,

Songez qu’il risque sa vie mesdames et messieurs, et que deviendrais-je moi si il venait à disparaître englouti dans les flots de la bourse ?
-Allons allons Cosette, ne te mets pas dans ces états, tu sais que je m’en sortirai.
-On ne sais jamais, j’en ai marre que tu risques ta vie pour des exploits débiles pendant que je fais la pute pour trouver des sponsors, on ne pourrais pas avoir une vie tranquille un jour, rien qu’un jour, je n’en peux plus moi.
-La suite…
-Excusez moi, je m’égare.

Trouver des trucs pour les poussettes, les chiens, les enfants Passer la tête sous sa robe

5 Nous remontons maintenant le détroit des actionnaires, magnifiques falaises de chaque côtés, 15% de bénéfices par ans, conseils d’administration, jetons de présence, le courant se fait du fort, n’hésitez pas à vous faire aider pour ce passage, corde, passé au public, se fait tracté, se lève peu à peu, ski nautique, regard de golden boy, lunettes, cigare… La liberté d’entreprendre, la soif de réussir, ne reste pas cloué au tapis Bernard, pour vivre heureux vivez comme moi, vive la crise, sans soucis, profitez de vos moments de détente, soyez un gagnant en même temps pourrait fouetter le spectateur tireur. Sachez surfer sur la vague, bulles spéculatives et bulles de champagne, St Jean marc Sylvestre priez pour nous. Merci mon brave. Donne une pièce de la manche au tireur. Traders, parachutes dorés, revenus mirifiques, Jérome Kerviel notre héros, Bernard Madoff notre dieux, les rois de la pyramide économique

6Les rapides de la politiques Bouillonnement, tourbillons, agitation permanente, attention vous chavirez. La grande scène de noyade au ralenti, danger, asphyxie, sos, help…emporté par le courant, etc…

Monte 100m, en descend 50, dis ce qu’il a vu dans les rapides, état de choc, elle est inquiète, le rassure, puis le pousse à y retourner, il y va avec de l’appréhension.

« Ce n’est pas participer que de voter une fois tous les cinq ou sept ans pour une personne que l’on ne connait pas, sur des problèmes que l’on ne connait pas et que le système fait tout pour vous empêcher de connaître. » « Il est clair qu’une société démocratique est incompatible avec l’énorme concentration du pouvoir économique qui existe aujourd’hui » « Pour que la société change il faut un changement radical dans les intérêts et les attitudes des êtres humains. La passion pour les objets de consommation doit être remplacée par la passion pour les affaires communes. » « Le retrait des peuples de la sphère politique, la disparition du conflit politique et social permet à l’oligarchie économique, politique et médiatique d’échapper à tout contrôle » Cornelius Castoriadis « une société à la dérive »

8 La chute des banquiers, étape la plus difficile, escalade aquatique, remonter la cascade de spirales infernale, de surendettement, de titrisation, attention aux créances pourries, on va de Freddy mac en Fanny Mae escalade sur le sol, skate sur le dos, apparaît sur le dessous du skate un nom de sponsor à la con. Elle l’encourage, c’est en fixe sur quelques mètres Ils décrivent ce qu’ils voient tomber, elle reprend sponsors…

9 Le lac de la pub, des philosophe de télé, de la communication chroniqueurs mondains, philosophes de salons, lac mythique, promettant monts et merveilles, garanties hypothécaires, sécurité, agence de notation, tours à la défense, fusionnant banques d’affaires et banques d’investissement, spéculations aveugles, fonds de pensions, nouveaux produits financiers, convertissant la poudre aux yeux en poudre à canon, tout en se poudrant le nez, gagnants permanents de cette course au profit. On murmure que dans les profondeurs seraient tapis des monstres sans noms. « Tout observateur attentif aura remarqué qu’une boite de conserve n’est pas un parti politique. Approchez de votre oreille une boite de cassoulet. Normalement vous n’entendez rien. Le parti politique lui s’exprime. C’est même sa vocation. » « La bonne communication accelère l’usure et donc le renouvellement des valeurs. » « La bonne publicité est un accélérateur de particules qui porte sa contribution au progrès. » « La publicité est un métier difficile à réaliser mais facile à penser. Ni démiurge ni suiveur, le publicitaire fait de la maïeutique de masse. Il fait se révéler dans le cerveau du public des vérités latentes. » « Si pendant une journée je ne contribue pas à changer le monde, je m’ennuie. » « Exemple : la pauvreté rend con. Le nouveau riche est pire : il a les moyens de donner de l’ampleur à sa connerie initiale. La publicité peut faire deux choses pour cela. Faire des campagnes pour la beauté, la générosité, des campagnes qui contribuent à améliorer significativement la position économique de la France. C’est la part de Dieu qui est en moi » « Le poète de masse fait l’amour avec les scores » « Le caractère contemporain de la pub, c’est sa capacité à être branché sur le coeur et la tête du public du moment. Comme la forme et le ton ne cesse d’évoluer, entre la nécessite d’être à la mode et la peur d’être démodé, il faut choisir d’être éternel dès le premier instant. » « Si il suffisait qu’une chose soit possible pour qu’elle se réalise nous n’en serions pas là » « Aujourd’hui, ne pas voir que les mots et les images changent le monde, c’est accepter de se laisser dépasser. La communication peut développer une entreprise, éviter une guerre, créer des emplois. Je suis content de faire ce métier. » Daniel Robert (Robert and partners) publicitaire du PS en 86, extrait de « la politique à l’affiche de Jean-marc et Philippe Benoit.

Elle s’emballe, lyrique, sur le mythe, il est comme sur une barque, tourne en rond, l’exploit est réalisé, euphorie, l’huissier authentifie

9 Enfin, nourrissant tout cela, les milliers de ruisseaux du peuple,

alimenté par des nuages d’espérances venant de la mer des biens de consommations, que l’on croyait intarissable, refusant maintenant de consommer comme ils le doivent, de s’endetter autant que les états, de jouer le jeux, congelés par des glaciers de frustration. Certains refusent même de couler et d’alimenter le grand cours de la bourse, source de toutes vies. Ah mais que vois-je, vous vous levez, vous marchez sur l’eau, vous remontez l’un de ces ruisseaux jusqu’à la source, vous croyez que vous pourrez survivre là-haut, parmis les milliers de vos congenères, vous nous abandonnez, merci pour cette grande aventure et au revoir.

C’est lui qui part en couille, lyrique, elle le regarde disparaître, silence,

FIN

citations : Guy Debord : « la société du spectacle ». « enquête au coeur des multinationales » ATTAC et « révélation » Braudel : « la dynamique du marché »

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0