Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
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Le combattant de salon

relis tes ratures

jeudi 10 janvier 2008, par Boueb.

Resistes ! Prouves que tu existes !

Le combattant de salon

Je me bats tout doucement, gentiment, pour ne pas blesser les gens. Je chatouille, je gratouille, je titille pour qu’ils rient d’eux même, sans tristesse. Quand tu dis à quelqu’un qu’il est con, soit sûr qu’il le restera et qu’il te le rendra. Même si c’est vrai, s’il est vraiment con, tu ne peux rien pour lui. Tu ne peux pas aimer tout le monde. Tout le monde ne peut pas avoir raison. On peut bien se tromper de temps en temps à coller une torgnole ou un coup de pied dans le cul d’un imbécile, et avoir raison.
Mon combat, qui ne m’appartient pas et où l’on ne gagne pas, est pacifique, (mais presque), humaniste, altruiste…comment rester intègre quand on est prétentieux ? J’ai choisi les armes il y a douze ans : jouer avec les gens et la rue, tout simplement. Le choix des armes n’est pas important. Il peut être différent et réunir les combattants, certains n’ont pas le choix, ils sont soldats là où ils peuvent survivre. Je ne sais pas où je vais, ni même si c’est là l’essentiel. C’est pourtant important l’essentiel. C’est quoi ? Une bonne mentalité. Oui, mais c’est quoi la juste mentalité ? Tu le traduis comment ? C’est vaguement flou. Regardes mieux, que vois tu ? Je vois des juges, j’entends les paradoxes, j’écoute ça : « ne confond pas l’exigence des justes et l’existence des juges ». Je ne te jugerais point, mais ne pardonnerais rien, point. Tu ne t’excuseras pas, tu comprendras, ou point. Ne subissons pas ce que l’on s’impose nous même comme une contrainte extérieure. Tes choix essentiels, si durs et forts te paraissent-ils, ne sont pas un sacrifice. Ne fais pas le moine ni le martyr, qui ne font que montrer que l’essentiel est impossible.
Mon pote Guillaume, le paysan, mène ses choix dans ce sens là : tant pis si c’est dur et que personne ne comprend, tant pis si on coule, on aura eu raison de le faire, quand ils verront ce qu’on a fait, ils comprendront qu’on avait raison, il sera peut être trop tard. Il vit avec une quinzaine de personne, ils ont trouvé des mécènes, ou des préteurs, ils ont investi pour leur communauté écolo-naturo-bio-humaniste. Ils vont loin, ils rompent : pas de machine, ni électrique, ni thermique, pas de chimique, ni d’industriel. Pas de compromis. Ils luttent pour vivre tout simplement. Ils travaillent 15 heures par jour pour se nourrir, se chauffer, construire leurs maisons. Ils n’arriveront jamais à la perfection. Ils font bien, et même le bien, et parfois ils se font mal. Ils feront toujours des compromis. Mais ils sont déjà loin, peut être déjà trop loin pour être compris de ceux qui sont derrière. On peut démontrer que ça ne marche pas, qu’ils ne respectent pas entièrement leurs choix, que ça ne tient pas debout économiquement, qu’ils font parti d’un tout qu’ils n’essayent même pas de changer, que rien ne peut le changer. On peut dire, mais on est mal barré avec des raisonnements comme ça. Ou tu combats l’extérieur et on te trouve négatif, didactique, ou tu combats l’intérieur et on te trouve utopiste, égoïste, pédant. Du révolutionnaire radical à l’intellectuel de gauche … Si j’étais sociologue, je chercherais quels moyens les gens ont de se sortir de là, d’extraire le monde de ce torrent destructeur. Quels comportements, quelles résistances, quels rassemblements, quelles actions peuvent inverser la vapeur. Si j’étais paysan, je ferais des légumes biologiques. Si j’étais instituteur, j’exercerais avec la pédagogie de Freinet. Si j’étais boulanger, je ferais du pain de campagne au levain naturel et à la farine complète, et deux fournées par semaine que je vendrais sur les marchés. Si j’étais négociant, commercial, militaire ou curé je changerais de métier. Si j’étais artiste, je serais artiste de rue. « Le clown est un philosophe en action !? »
Depuis mon adolescence je n’ai toujours pas compris pourquoi dans un monde civilisé, dans des sociétés avancées, pourquoi, notre espèce animale évoluée ne maîtrise pas la raison. Nous fonçons dans le mur, nous commettons des erreurs déjà commises. Si tu n’en profites pas, d’autres le feront et t’auras l’air d’un con. Que vivent les couillons. Câlinons nous quand on le peut, battons nous s’il le faut. Gandhi serait-il mort pour rien ? Et surtout les milliers d’indiens qu’il a envoyé à la boucherie. Si en embrassant ton voisin de droite, tu sens une résistance au partage, qu’il a peur, vas-y doucement, tout doux, caressant, tranquillement, gentiment, s’il résiste encore serre le de toute tes forces, qu’ils en crèvent, puisqu’on en crèvera tous, qu’on le veuille ou non.
Ah merde ! Je victimise le gentil alors que le méchant n’avait pas choisi d’être méchant, mais juste de ne pas être un couillon aux yeux des cons. Arriverais-je à dépasser cette bipolarisation des bons et des cons ? Qui le pourras ? Je n’arriverais à rien seul. Je ne suis pourtant pas un incapable. En bande nous sommes plus fort, conjuguons nos esprits, multiplions nos positives propositions, conjurons la perte de l’empire argent. Les luttes sociales sont réduites au combat pour le pouvoir d’achat, parce que ça arrange bien ceux qui n’en n’ont pas besoin, pas de ce pouvoir là, mais celui de pouvoir vendre plus de choses inutiles et individuelles au plus de monde possible. Comment peut on pourrir un mot comme Liberté, qui donne libéral libéralisme et libertin libertaire ? En pensant l’individu : « moi d’abord ! » ; s’il y en a un qui doit être libre autant que ça soit moi. L’individualisation est un programme marchand : chacun son i-pod, chacun ses appareils dernier cri qui te font rayonner en vainqueur, te font croire en une croissante autonomie. L’apparente brillance du gagnant. Foutaise ! La croissance économique ne profite qu’à ceux qui ne partagent pas. Je veux un écran plat, une cuisine à induction, des volets électriques, de l’eau chaude écologique…tiens la complainte du progrès de Vian : « arrête Gudule, ou je reprends tout ça… »
Tout ça manque un peu d’ordre jeune homme. La plus grande perversité réside, me semble t-il, dans l’échelle des valeurs pécuniaires des vivants : comment est-ce possible dans un monde que la grande majorité des humains survie avec moins de 20 dollars par mois, alors que je me fais chier tout seul sur mon yacht, que l’eau de la piscine est trop chaude et que j’en ai marre du champagne et du caviar. Tous les jours mes comptes épargne et mes placements me rapportent plus que je ne peux en dépenser, même si j’exagère un peu…

Ça m’étonne encore qu’il puisse s’agir d’une fin !?

2 Messages de forum

  • Le combattant de salon Le 11 janvier 2008 à 19:27, par maud

    "cherche ton bonheur partout… va bas toi dans ce monde égoïste !!!"
    ah.. j’adore quand tu ne joues pas à l’intello de gauche !!!!.. donc merci de citer france gall.
    et puis merde ça me fait chier-chialer de lire ça juste après les fêtes de Noël et les bons voeux et la galette des rois !!! merde tu te rends compte c’est déjà pas facile… pourquoi t’en rajoutes une couche !
    et tu sais quoi ? je viens d’acheter un lave vaisselle ! j’accouche dans 15 jours et je n’utiliserais pas de couches lavables, je vide deux poubelles de plastique par semaine, ma voiture pollue de plus en plus, j’ai mangé du foie gras à noël et j’adore ça. je veux vivre avec le reste du monde j’ai pas vu guillaume depuis une éternité. j’ai pas envie qu’on me fasse la morale mais par contre t’as le droit de me dire tout ce que tu veux du moment que tu me fasses rire !
    rire même si ça grince, même si ça pince… rire !
    allez ! pour finir un cadeau juste pour toi… une nouvelle citation de beckett :
    "a force d’appeler ça ma vie, je vais finir par y croire. c’est le principe de la publicité."
    j’espère te lire encore et encore… c’est que le début d’accord d’accord !
    maud

  • Petite métaphore pas poétique Le 14 janvier 2008 à 21:11, par kler

    L’argent, c’est comme le fumier,
    en tas ca put,
    réparti c’est une bonne récolte.

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