Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
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L’histoire officielle,

celle qu’on peut raconter aux médias...

mardi 14 octobre 2008, par Hélène Sanier.

Retranscrire un témoignage intime, je peux pas.
Trop peur de trahir.
Mais retranscrire un film-reportage, c’est intéressant.
Qu’est ce qu’on veut bien raconter à une caméra braquée ??
Qu’est ce que l’Histoire doit garder ?

Film-Reportage, Aux Portes de l’Arsenal

L’Arsenal a toujours fait l’objet de rumeurs et de fantasmes parce que le territoire du bassin est un “univers ultra protégé”.
“Sur la rade, il y avait plein de torpilleux”.
L’Arsenal c’est aussi la peur constante.
La peur de l’espionnage. (et puis peut-être la peur de devenir une cible ouverte ?)
L’Arsenal, c’est la “crainte et la fierté”.

La fierté parce que
Les parents sont fiers de leur fils qui bossent à DCN.

Travailler à l’Arsenal,
c’est “satisfaire un besoin familial” (“jsuis rentré à L’Arsenal pour mon père”)
c’est “être casé”, c’est “la sécurité de l’emploi”.
Tout le monde a de la famille ou un parent là-bas.
“L’Arsenal, c’est une entreprise du centre ville”,
“L’Arsenal c’était la ville de Brest en activité”, (pour la levée du pont de Recouvrance, par exemple, la sirène sonne à l’échelle de la ville).

L’Arsenal, c’est un “vivier pour tous”.

A Brest, le port civil n’a jamais pu se développé.
On entend dire que c’est à cause de DCN.
On entend dire aussi que Citroën aurait voulu s’installer ici, mais, manque de main d’oeuvre...
Parce que l’Arsenal, c’était 7000 ouvriers, 20 000 personnes au total.

Brest, c’est “une ville ouvrière et de service de tit Zef”,
“c’est une ville qui forge énormément le caractère”,
Elle est à l’image de la rue Siam, bombardée, rasée puis reconstruite à 80%.

L’Arsenal, c’est un secteur d’Etat de la Défense Nationale.

Les Capucins, une fonderie, une chaudronnerie, l’atelier des machines.
C’était aussi les Arpètes, l’école des apprentis ou “l’université populaire”
et puis, pas loin
le pont de Recouvrance que les Allemands ont bombardé.

Pour la petite histoire,
En 1830, les ingénieurs veulent récupérer le Plateau des Capucins.
Ils veulent y construire des hangars pour le brassage du métal.
Plus loin, il y a les bâtiments en fer qui comportent des salles à tracer.
On y fait aussi la découpe des tôles.

L’Arsenal,
c’est un emblème de l’évolution et des prouesses technologiques.
Le Clémenceau et le Charles de Gaulle sont 2 grandes fiertés de DCN.

Les travailleurs ont pour réputation d’être extrêmement précis.

Les “ouvriers d’Etat” ne sont pas des militaires pourtant il y a une grande discipline.
La plupart d’entre eux ont fait leur service dans la Marine.
Les hommes travaillent durs, ils triment.
Surtout les tôliers et les chaudronniers, qui ont des “métiers sales”.
D’autres sont privilégiés, ils se la coulent douce et ils le revendiquent.
Il y a une grande concurrence entre les différents postes au sein même de l’Arsenal.

Pourtant, tous ont leurs difficultés personnelles et sociales, et comme ils sont “tous dans la même galère”, il y a une solidarité extrêmement prononcée.
“Les liens sociaux sont tissés très fortement et très rapidement”, surtout pour ceux qui commencent très tôt en tant qu’apprentis aux Arpètes.
“La galère laisse de bons souvenir”.

Le lundi, les ouvriers “content la couille”, ils se racontent leur week-end.
Dans la semaine, les privilégiés qui ont accès à la photocopieuse et au téléphone, organisent les matchs de foot.

Au marbre, les “grands syndicaux” prennent la parole.
Le plateau c’est aussi une grande histoire de syndicalisme. AJOC, CFTC, CGT, CFDC.
Un grand souvenir de grève en avril 1950.
Cette année là, un “homme est mort” (référence à la bd de Kris et Etienne Davodeau). Les flics tirent sur les manifestants.
Michel Cauzin, ouvrier à l’Arsenal, a été amputé, il a gardé son travail parce que le médecin n’a pas voulu le déclarer invalide.
La direction lui a dit “J’espère que ça te servira de leçon”.

La guerre aussi, l’occupation allemande.
“En 44, j’ai pas voulu partir avec la deuxième bordée en Allemagne pour les STO (Services de Travaux Obligatoires). Alors, ils m’ont viré, comme 60 autres gars. J’étais tôlier.
Le surlendemain, je travaillais à nouveau à l’Arsenal, mais pour un sous traitant allemand. J’ai construis la deuxième base sous marine”.

L’Arsenal, c’était “la civilisation pour les paysans bretons”, certains ont appris à parlé français aux Arpètes.

Mais l’Arsenal, c’est aussi l’histoire de l’Amiante.
Les tôliers et ceux qui travaillaient à bord, sont les plus touchés.
Parce que pour le blindage des coques, on isolait avec des matelas d’amiante,
pour ne pas qu’elles refroidissent...
En 1994, il y a eu un “plan social de l’amiante”.
Certains gardent la vague sensation qu’on a “liquidé les vieux”.
Les effectifs d’ouvriers ont été réduits de moitié.
Beaucoup sont partis en pré-retraite.

L’Arsenal, c’est aussi le nucléaire. Des missiles.
Mais aujourd’hui, une femme contrôle l’environnement sur le territoire.

“On ne quitte pas l’Arsenal, faut être très courageux pour donner sa démission”.
Ceux qui l’ont fait ont plutôt tendance à penser que ce sont ceux qui restent qui sont courageux...

Enfin, pour les arsenaux, “les bateaux sont plus un symbole d’aventure qu’un symbole de guerre”.
Pourtant, certains déclarent : (avec culpabilité ??)
“On finit par oublier qu’on travaille pour l’armée, qu’on travaille pour la guerre”.

Visionnée le jeudi 2 Octobre.

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