cliquez sur le lien pour voir le reportage de Grégoire Deniau
http://www.dailymotion.com/video/xh...
et puis…ça aussi
http://www.rfi.fr/contenu/20091229-...
http://www.france24.com/fr/20091228...
Pour les Hmongs, la guerre du Vietnam n’est pas finie
l’indifférence est le lot de ceux qui, au Laos, sont encore et toujours traqués pour leurs liens avec la CIA.
extrait du courrier international 19.02.2009
quelque 200 000 Hmongs sont officiellement recensés aux Etats-Unis. S’ils sont effectivement en proie à une crise profonde. Ce dont ils ont besoin, c’est de l’aide des autorités américaines, une aide qui, précisément, leur fait cruellement défaut. Habitants des montagnes du Laos, les Hmongs ont combattu durant la guerre du Vietnam sous les ordres de la CIA. Cet aspect du conflit est largement méconnu. Aujourd’hui, les Hmongs-Américains sont hantés par une guerre qu’ils ont laissée derrière eux et qui n’a jamais réellement pris fin. Mais ce qui les mécontente le plus, c’est l’hypocrisie du gouvernement américain : en prétendant se soucier de leur cas, il n’a fait en réalité qu’aggraver la situation.
Plus de trente ans après le départ des derniers GI du Sud-Est asiatique, les militaires du vieux régime communiste laotien continuent de traquer et d’abattre des hommes, des femmes et des enfants appartenant aux ultimes groupes de résistance hmongs. Leurs chefs ont tous été formés dans leur jeunesse par les services secrets américains. La plupart sont aujourd’hui grands-pères. Ils possèdent des téléphones satellitaires – cadeaux de leurs parents installés en Amérique – et, depuis la jungle, ils appellent leurs familles du Minnesota, du Wisconsin ou de Californie. Ils demandent désespérément quand leurs anciens alliés reviendront les sauver.
Ce conflit sans fin a essaimé dans deux autres pays : dans la Thaïlande voisine tout d’abord, où des milliers de Hmongs ont fui mais où les autorités les expulsent contre leur gré [voir ci-contre] ; aux Etats-Unis ensuite, où un groupe de Hmongs-Américains est formellement accusé de terrorisme par le ministère de la Justice pour avoir fomenté un complot en vue de renverser le pouvoir à Vientiane. Que se passe-t-il donc ? Pourquoi les Hmongs, un peuple généralement sympathique et industrieux, s’attirent-ils autant de problèmes ? Si les Hmongs sont connus pour leur obstination – et certains sont bel et bien des fauteurs de troubles –, le plus gros du mal qui leur a été fait doit être imputé aux autorités nationales, laotiennes en tête, et thaïlandaises ensuite. Et, même s’ils ne l’ont jamais avoué, les Etats-Unis sont loin d’être irréprochables dans le prolongement de cette crise.
Je me suis rendu à Nonk Khai, dans le nord de la Thaïlande, dans un centre de rétention où j’ai rencontré environ 150 réfugiés hmongs. Ils sont les derniers membres de deux mouvements de résistance restés fidèles à leurs mentors américains et ont vécu en cavale pendant plus de trente ans avant de fuir le Laos pour la Thaïlande. Ils m’ont exhibé leurs cicatrices et m’ont confié leur histoire. Tout concorde. Aujourd’hui, ils dorment entassés à même le sol d’une cellule sans fenêtre, qu’ils sont autorisés à quitter deux heures chaque jour. L’exiguïté mais aussi la terreur d’être torturés s’ils sont renvoyés au Laos leur font perdre en partie la raison.
L’indifférence du département d’Etat américain à l’égard des Hmongs du Laos est à l’origine d’un curieux enchaînement d’événements. Chronologiquement, tout commence il y a une trentaine d’années avec l’accueil de réfugiés hmongs sur le sol américain. Rapidement, les nouveaux venus constatent que Washington se refusera à toute intervention pour faire cesser les violences commises sur ceux d’entre eux qui sont restés au Laos. Ils décident alors de prendre les choses en main. Au début des années 1980, ils collectent au sein de la diaspora des fonds qu’ils transfèrent à leurs frères résistants. Certains vont même jusqu’à retourner au Laos pour prendre les armes. De telles initiatives sont contraires aux lois en vigueur aux Etats-Unis. Pourtant, les autorités judiciaires ferment les yeux sur ces activités conduites par d’anciens alliés et qui, à première vue, ne menacent pas les intérêts de la superpuissance. Les Hmongs-Américains entreprennent de soudoyer des passeurs pour faire admettre leurs proches dans des camps de réfugiés thaïlandais, avec l’espoir de les faire ensuite venir aux Etats-Unis. Personne ne les rappelle à l’ordre parce qu’ils s’écartent de la loi. En quelques années, la situation frôle l’absurdité. Plus personne n’est responsable de rien et plus personne ne parvient à ses fins, pas même les Hmongs-Américains, dont le peuple continue d’être traqué et massacré. En 2007, à l’issue d’offensives répétées de l’armée laotienne, la résistance hmong se résume tout au plus à un millier de personnes, pour la plupart des femmes et des enfants. Sa capacité offensive est anéantie. Seule une poignée de villages isolés demeure sous son contrôle. Leurs chefs parlent ouvertement de déposer les armes, à condition que leur sécurité soit garantie. Au même moment, en Californie, un prétendu complot visant à renverser le gouvernement laotien est déjoué à l’issue de six mois d’enquête. Dix personnes sont poursuivies, neuf Hmongs-Américains et un ancien combattant répondant au nom de Harrisson Jack [“L’Etat contre Harrisson Jack et autres” est l’intitulé du dossier judiciaire]. Aucun des inculpés n’a effectivement pris part à ce complot. Peu importe, l’accusation requiert la perpétuité à l’encontre de ceux qui, au bout du compte, se sont fait piéger. En qualifiant ainsi certains Hmongs de “terroristes”, les autorités judiciaires américaines confortent les gouvernements laotien et thaïlandais dans leur résolution de se débarrasser des Hmongs une bonne fois pour toutes. Elles leur donnent une raison supplémentaire de traiter ces montagnards comme des sous-hommes, de les pourchasser et de les expulser selon leur bon vouloir.
La crise se poursuit encore et encore sans que personne soit disposé à la résoudre. la complexité et l’ampleur de la tragédie des Hmongs sont sans commune mesure. il existe toutefois un homme, fils d’une tribu kényane, qui pourrait parvenir à une solution ou, pour le moins, s’y essayer en toute sincérité. L’administration Obama a, reconnaissons-le, d’autres chats à fouetter. Mais elle a les moyens de s’attaquer à ce dossier. En deux mots, le nouveau président pourrait soumettre un arrangement aux autorités de Vientiane : l’assurance de la fin des ingérences des Hmongs-Américains dans les affaires laotiennes en échange de l’engagement du régime communiste à accepter une reddition pacifique des derniers Hmongs, sans risque de représailles et sous la surveillance d’observateurs internationaux. Des Hmongs réfugiés en Thaïlande pourraient être autorisés à se rendre dans les pays occidentaux ayant manifesté leur intention de les accueillir.
Cela ne coûte rien d’essayer. Jamais au cours de ces trente dernières années les conditions n’ont été plus propices à un accord. Espérons que Barack Obama saura saisir l’occasion. Si le président et ses conseillers à la sécurité parvenaient à faire entendre raison au département d’Etat et au ministère de la Justice pour les convaincre de travailler ensemble à une solution concertée et sensée, la page de ce conflit oublié pourrait enfin être tournée sans plus d’effusion de sang.









