J’ai l’air malin ?
Tiens ! J’ai l’air malin.
Je ne réfléchis pas. Je n’affirme pas.
Je me ballade sur mon cerveau aride et ridé.
Ni contraint, ni contre deux, ni forcé. Me voilà libre. Libre et seul.
Tapis dans mon terrier. Je peux sortir si je veux.
Mais je suis là. Je ne veux pas.
On parlait d’écritude et de soliture, et m’y voilà.
J’ai l’habiture de ne pas boire seul, alors je sobre.
Renard esseulé, chien égaré, loup démeuté, ours Pyrénées, dragon éreinté, poule édentée, pingouin réchauffé.
Liste animal et rimes en « é ». Je ne l’ai pas cherché, je l’ai trouvé sur mes pensées. Une idée, trois mots et deux sons ! Pauvre con !
Je limace salace, je grimasse dégueulasse, je m’agace à la chasse.
Je n’ai rien à chasser, rien à fuir, rien à craindre, rien à cacher.
Tout et rien vient de moi, et ce n’est que pour moi.
Je laisse venir.
Est-ce intéressant de partir de rien ?
Le plus souvent ça ne nous mène nulle part.
J’y vais.
Je roule vers le départ.
Je ne résiste pas au contrepêt d’art du départ.
Je transcris mon monologue intérieur désordonné avec des signes graphiques convenus : des lettres en mots, des paroles en pots, du soliloque en confiture pour faire en des tartines et se lécher les babines.
Slurp.
Je badine badaud, ébaubi, comme le bambi bambin de Saint Laurent Machin. Le gamin, gars minet, sur son chemin galopant, le galopin, s’égarait, s’est gouré, s’est garé dans les prés, s’est fourré dans un bosquet et s’endormait en sûr sot. Je suis fou, j’erre. La radio dit : « Des dizaines de bénévoles ont aidé les gendarmes à chercher le petit Matéo ». Je m’étonne qu’ils les nomment « bénévoles », même s’ils sont certainement de très bonne volonté, je les vois mal réclamer un billet, la rançon du garçon, la récompense de l’errance. Je dirai : « Des militaires au travail fort bien payé et aux régimes sociaux très spéciaux qui leur permettent d’être en retraite après quinze seulement de métier et qui peuvent cumulés leur pension et leur salaire ; donc, malgré leur sale air, les gendarmes ont aidé les parents de Matéo et leurs amis à retrouver leur enfant perdu. Quelques badauds sont venus pour regarder les journalistes qui étaient aussi là pour les regarder. » Aucune hypothèse n’est écartée, la presse s’empresse de fantasmer le pire destin, la sombre histoire du passé pour vendre la peur du pire, alimenter les paranoïas, soupçonner les tricards du quartier, nourrir les paranoïaques, les tracas détraqués, les plus horribles faits. Queue de mâle ?! Plus de peur que de mal. Tout va bien, ni enlevé, ni violé, ni frappé, ni gelé, ni dévoré, ni blessé. A part anorak mouillé, apeuré l’enfant a pleuré. Les parents ont flippé, je ne te dis pas la raclée. Il aurait dormi toute la nuit ?! Ça fatigue de marcher. Moi aussi, je me perds, je t’entraîne dans ma chute.
Chut !
Regardes, le gingembre confit danse. J’entre dans l’absurde foireux. Feuille un sur cinquante. Poubelle imminente.
Ce qui est fait n’est plus à faire et ce qui est parfait n’est plus à refaire. Samuel Beckett dit « Essayer, rater. Essayer encore, rater encore. Essayer toujours, rater mieux. » Ça fait plus de dix ans que cette phrase m’accompagne. C’est beaucoup docteur ? Docteur, vous m’entendez ? Dix ans, docteur, c’est beaucoup ? « Mais oui je vous entends, je m’en fous éperdument. Vous vous figurez que l’on peut soigner les patients ? Soyez patient, vous êtes marrant. Soit dit en passant ça arrive de temps en temps. Si je guérissais mes clients, d’où sortirais-je mon argent ? D’un sortilège d’antan ? Rallongez vous sur le divan et parlez moi de votre maman. »










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