Je viens de finir de lire "le théâtre du monde" de Paul-André Sagel, pour la petite histoire c’est un vieux pote à Hervé Lelardoux ! Un beau livre grand format avec du beau papier et des illustrations de Nicolas Raccah, qui déconcertent un peu au début mais on s’y fait et elles servent plutôt le texte. J’imagine que c’était plus simple que de demander toutes les autorisations aux ayants droits. Un texte très litteraire sur les masques à travers le monde et à travers les ages. Divisé en cinq chapitres plus ou moins chronologiques (l’homme-cerf, l’homme-caméléon, l’homme-singe, l’homme chien, l’homme poisson ou l’homme oiseau), alternant histoire, pensées, souvenirs, fictions éclairantes et reflexions sur le théâtre. On passe des masques africains à Steven Spielberg, des masques politiques à la tragédie grecque, tout est évoqué. De beaux passages sur le travail du clown, sur le rôle du théâtre suivant les sociétés, sur l’omniprésence des masques et les non-dits qui les entourent. Un petit passage sur le théâtre de rue, qui sent un peu sa vieille acrimonie : "(…)le théâtre cherche la fête perdue, d’abord pour lui-même afin d’y trouver un langage, puis pour le public afin de le faire jouer à son tour. La fête n’isole pas et ne divise pas. Au contraire elle incite l’esprit communautaire. Or le théâtre est le contraire de la fête. Il fragmente le public.Il n’est pas oeucuménique.Il s’adresse à la politique humaine et non à l’organique. Le théâtre de rue se heurte à cette impasse. Dans une programmation ordonnée il est contraint aux mêmes rêgles que le théâtre en salle. Ainsi ce théâtre joue la fête mais ne l’accouche pas. Ses moyens d’interventions en plein air limitent ses créations à un défilé d’images et à une bataille sonore. C’est beau.(…)" Tout ça est étrange, d’abord les italiques, qui sont dans le texte, comme si l’expression était sale, mais surtout l’affirmation (il s’adresse à la politique…), reprise nulle part ailleurs dans le texte et même assez loin de tout ce qui y est dit. Et enfin l’image qu’il donne du spectacle de rue, il me semble qu’il y a un moment que d’autres formes de théâtre de rue existent que celles dont il parle. Que moi par ailleurs j’adore pratiquer. Mais juste après il est beaucoup plus intéressant : "(…)Une ville qui se mobilise pour une fête implique ponctuellement ses habitants. Le théâtre, c’est eux. La cité est le plateau de scène, la population est "actrice-figurante". Les comédiens en sont les coryphées, les maitres de cérémonie, les guides spectaculaires mais non les héros. Le déambulatoire retrouve le chemin des mystères anciens(…)" Là, il y a une lecture qui m’interesse, même si lui la fait de manière critique, le ringardise un peu, une direction qui me semble fertile. Il me semble par ailleur que dans le théâtre de rue "historique" (Générik, Transe, …), le masque ou le maquillage est d’avantage utilisé pour gommer les différence entre les comédiens, créer un effet d’uniformité, que pour individuer chaque personnage, le transformer en caractère. Une autre utilisation du masque ! Bon, je vais pas recopier tout le bouquin, énormément de choses bien vues, bien mises en perspective, juste une dernière qui me plait bien : "Les artistes jouent aux assistances culturelles et sociales, tentent de désamorcer la violence et réconfortent l’individu. Bon nombre de professionnels du spectacle sont impliqués au delà de leur vocation, jouant plusieurs masques à la fois, pédagogiques, sociaux et politiques. Cette citoyenneté honorable les éloigne un peu plus de la scène de théâtre qui devient un luxe tant pour l’acteur que pour le public. Être acteur est de plus en plus une prise de position sociale et politique. Le choix des masques est parfois douloureux." Bon, il semble plutôt regretter cet état des choses également, revenant à une vision de l’artiste à vocation qui moi me saoule plutôt, mais enfin, il le dit bien et mets tout de même le doigt à un endroit où ça gratte. Voilà, un livre récent (sortie en Octobre 2009, édition les belles lettres Archimbaud), dont je n’ai entendu parler nul part avant de l’acheter et qui mérite d’être lu pour la somme d’histoires qu’il contient, le résumé agréable de l’Histoire et le plaisir du jeux qui s’en dégage. Pour tout dire il m’a même donné envie de me pousser dans la reflexion théatrale et de la recherche de jeux masqué et ça, ça fait plutôt du bien. Il y a une citation de Tati qui m’a fait bien plaisir aussi : "Il n’y a pas de film comique qui ne soit pas contestataire, on ne peut pas faire un film comique charmant" Je suppose que cela s’applique au spectacle aussi, mais le contraire est-il vrai ? Pour finir, j’ai été étonné de ne pas trouver la phrase sur le masque, celle que Alexandre Del Perrugia, Serge Noyelle et Jean Georges Tartare nous ont sortis l’un après l’autre en moins de trois semaines : "L’art c’est porter un masque et le montrer". Je continu mes recherches, mais je suis certains qu’elle est de Roland Barthes. Dans écrits théoriques peut être ? Je le relis, dès que je trouve je vous sors l’extrait….









