Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

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FILATURE…

Visite guidée improvisée

samedi 8 décembre 2007, par Boueb.

Fusion d’un jeu de filature et d’un jeu de lecture-écriture.

FILATURE

8H33.
Je bois un expresso au bar Pardigan, à l’angle du boulevard Pardigan et de la rue Sainte Thérèse, d’où un camion de pompier pour les blessés sort silencieusement. L’homme à ma gauche répond au nom de Marc. La patronne lui demande : « café ou demi ? » - « café, café… » dit Marc en sortant une clope de son paquet de Chesterfield light. C’est sa deuxième et son deuxième café aussi. Le bar est enfumé, ça me pique les yeux. Sur les dix personnes présentes nous ne sommes que deux à ne pas fumer, mais je suis le seul non fumeur. Marc lit les pages « sport » de La Provence.

Bar PARDIGAN

Les deux hommes au comptoir boivent aussi des cafés en fumant, ils causent. Le troisième est derrière un poteau porteur et sirote un demi en fumant. Une table de quatre avec une femme et trois hommes discutent bruyamment. Le gros commande à voix forte à travers le bar : « trois demi et un pastis, s’il te plait ». La patronne dont je n’ai pas saisi le prénom, doit avoir la cinquantaine ; elle est très maquillé et porte une veste à poil multicolore, une fourrure d’ours psychédélique. Ses bottes blanches en cuir sous sa jupe droite noire, finissent de lui donner un air de vieille pute. Il n’y a ni la radio, ni la télé, ni musique.

Il est 8H40 aux Chutes Lavie. Drôle de nom pour un quartier, pas pire que Les Crottes quand même. Je sors après avoir laissé un euro trente à la matronne. Il caille, les rafales de mistral s’infiltres sous mon pull. Les feuillets de mon carnet volettent en produisant un petit « friplepretitetetep’ ». Un homme passe, la soixantaine, vêtu de noir. Il garde ses mains au fond des poches de son gros pardessus. Lunette et calvitie quasi complète. Je le prends. Une minute plus tard, il rentre dans le bistrot d’où je viens de sortir…retour à la case départ. Je n’ai plus un rond pour retourner au rade. Il fait vraiment froid bordel ! Il me faut une autre personne. Il y a beaucoup moins de circulation et de piétons le samedi, que les bruyants jours de la semaine à la même heure.
8H45. Boulevard Leglize
Je prends en piste un autre sexagénaire de taille moyenne, comme 1m70 à vue de nez. Grosse veste marron, casquette grise (en fait un maillage serré de noir et de blanc), son pantalon et ses chaussures de ville propre sont noirs. Il est en formes : d’une part parce qu’il marche à bonne allure, d’autre part parce qu’il doit faire un bon 80 kilo vue sa corpulence et ses rondeurs. On prend le boulevard Leglize perpendiculaire à l’avenue des Chutes Lavie, puis à gauche le boulevard Honoret. Le quartier est calme.

Nous croisons peu de monde : un couple avec une poussette, un retraité qui fait briller sa voiture, une femme en robes de chambre superposées qui sort ses poubelles. Mon homme à les mains ballantes, puis sort un mouchoir et se mouche. Il les remet dans ses poches. Le boulevard se rétrécit, il n’y a que nous deux, je le laisse me distancer. Je le vois prendre à droite au bout du boulevard. Je cours jusqu’au croisement de la rue Eugène Cas, également déserte et en sens unique, mais elle, se transforme en impasse. Il prend à gauche, rue Meissonnier.

Il est 8H50. Encore à gauche, le boulevard Velten, à double sens et un peu peuplé : un homme de mon âge sort son scooter, un vieux marche la tête dans les épaules, les voiture passent sans klaxonner. A droite boulevard Anatole France, à gauche boulevard Ferer. M’aurait-il repéré, chercherait-il à me perdre, à vérifier si je suis un suiveur. Fait-il simplement sa promenade matinale. Il semble bien connaître le quartier mais ne salue personne sur son chemin. On débouche à nouveau sur l’avenue Chute Lavie. Il rentre dans la boulangerie « Le Fournil », il s’est retourné.
8H57, je rentre dans la charcuterie d’en face, lui il ressort, baguette à la main et s’introduit à la papeterie-presse « Hugo », trois vitrines plus loin. C’est mon tour, je commande « un panisse et ça sera tout », 1 euro 70. Merde, je n’ai pas de monnaie, ni pièce ni billet. « Je reviens » dis-je. Mon homme sort journal et baguette sous le bras. Il s’arrête pour lire son journal ! Là, sur le trottoir en plein mistral ! Je le dépasse et presse le pas pour rejoindre la tirette à thune de la Poste. Je reviens dur mes pas, je ne le vois pas, d’abord, puis l’aperçoit au coin d’un buisson toujours lisant, je traverse la rue nonchalamment et m’infiltre dans le PMU. Il traverse aussi et prend la rue Alexandre Ribot qui descend perpendiculairement à l’avenue.
Il est 9H04. Je ressors sans rien dire et sans avoir rien commandé. Je cours un peu car il a disparu de mon champ de vision et la rue propose plusieurs bifurcations.
_ Il est là, à gauche, au milieu de la traverse du boulevard extérieur déserte et jalonnée d’escalier. Le quartier est sympa, des petits pavillons, des jardinets…Il se retourne, je feins l’arrêt et l’intérêt soudain pour l’architecture de la maison voisine. Merde, il m’a vu, m’a sûrement reconnu, je suis démasqué. J’attends encore un peu et lâche ma pause. Il n’est plus là, volatilisé ! Craignant qu’il ne m’attende au tournant pour certifier ses doutes à mon sujet, je fais demi tour et entame le tour du pâté de maison pour, peut être, l’épier pendant qu’il croit m’épier. Rien, toute les ruelles sont désertes, sauf ici, à l’entrée d’une impasse, un berger allemand me regarde.
9H11. Je continue mon quadrillage du quartier. Tout à coup, il est là, nous sommes nez à nez, yeux dans les yeux, une seconde. Il est un mètre derrière son portail et semblait attendre que quelque chose se passe. Je suis tellement surpris que mon cœur a bondi. J’ai perdu, j’ai gagné, je ne sais plus. Je ne pas dis bonjour, pardon ou merci, rien, je continue.
9H15. Me suivra-t-il à son tour ? Je refais notre parcours deux heures plus tard pour prendre quelques photos. J’ai son nom : Mr Gaillard, 47 allée des tilleuls, Cité Chutes Lavie.

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