Mardi 30 octobre 2007 JOUR 21
Acheter carte téléphone. Appeler Marianne à Marseille, Nélo. Appeler papa, maman et Ninogan à Rennes. Appeler Boubou et Marien à Barcelone.
« la muerte que mata la muerte que mata » Un parcours imposé, finalisé. Ça me convient comme méthode de création. On verra ce que ça donne en pédagogie de stage. Il y a une proposition cohérente et complète.
Leçon numéro 1 : quand tu prépares tout, que tu sais ou tu vas, les interprètes, techniciens, producteurs, diffuseurs, financeurs qui y adhèrent et y croient, n’ont plus qu’à faire leur boulot. Pour le premier, c’est jouer, expérimenter, créer, partager, proposer, se narrer, se marrer, se navrer.
Navrant. Espèce d’orchestre très précoce, très fatiguant, très bruyant, très laid. Ça me fait halluciner (c’est nul d’écrire « ça me fait halluciner »). Nous avons jouer 20 minutes de chaos individualiste communautaire sans que l’on ait chercher une seconde à jouer ensemble, à représenter la vie, pas le chao.
Pffff, pfumé, stop taff, taff à faire, y a à faire, affaire Faiar, faille art, j’défaille, je baille. Bye bye.
Mercredi 31 octobre 2007 JOUR 21
A quelle sauce serons nous mangé ? Par qui ? Oui, qui va nous manger ? Et nous, qui mangera-t-on ?
C’est bizarre que l’on communique beaucoup en poids et durée, en forme ; et si peu en contenu, sens, fond. Je ne ressens pas beaucoup d’enthousiasme, de passion des uns pour les autres. Un climat défensif de méfiance.
On se sent bien quand on trouve une idée pour soi. Il est pourtant plus simple d’en trouver pour les autres. De là, naît le dialogue, ça donne du relief, ça projette des reflets, ça reflète des projets. Les grandes idées ne germent pas seules. Comme il est vrai, qu’on se connaît par la perception des autres, on découvre sa quête, sa réelle réalité avec et par les autres. Ça démontre en plus que la propriété intellectuelle tue les grandes idées, ou repose sur le vol.
Il faut solutionner ensemble cet affreux orchestre macabre.
Lundi 5 octobre 2007 Jour 25
Ça fait plusieurs jours que je n’ai pas écrit. Même ce week-end, j’ai pensé seul, j’ai joué avec Nélo, j’ai aimé Marianne, j’ai câliné Youn, je n’ai rien fait aussi, j’ai mangé avec mes parents. J’ai passé un bon temps, 2 nuits et 2 jours avec les miens, mes amours.
Je dois noter plus, à la volée, revenir aux carnets et ne pas tout garder pour la feuille du soir. Il faut que je la décale ou la recale. Je commence à redouter ce rendez-vous avec la feuille blanche. En milieu de journée, avant ou après le repas.
Médium, média, mais dites mes dictions, méditation, médite l’action, midle fiction, limite Médor, milite mais dors.
Voel arrive dans la chambre onze : « ça caille, c’est tombé d’un coup, hé ! ». Il ouvre le robinet. « Ha, l’eau est gelée ». Chambre onze, chambre verte, trois lits, salle de bain, chambre froide, chambre humide. Il manque la bonde de la baignoire. J’essaye de prendre un bain. Je bouche le trou avec mon talon. Je suis debout. Je prends une douche qui remplit la baignoire. Il faut m’asseoir, c’est galère. « Ils ont une machine aux comédiants ? »…d’abord, je ne comprends pas. Voel jette son linge sale dans l’armoire plastoc ikéa. « je crois qu’il y en a une ici, à l’hostallet, sur la terrasse du dernier étage.
J’ai pensé écrire à plein de gens. Je n’ai toujours pas envoyé la lettre à la Fedeb. Je n’ai pas non plus proposé mon bilan. Si je prenais un photo par jour ce serait plus simple, genre une grimace, ou un point de vue. Le groupe glisse sur ce premier fondamental. Claire ne s’y retrouve pas. Elle préfèrerait fabriquer des masques, que de jouer avec sans s’amuser. J’espère qu’elle pourra le faire. J’aime vraiment, et d’autres aussi, jouer aux masques, aux gnomes.
Le midi, midi maudit dimitri. Ce qui est dit. Eddy. Au fil des mots / Au mille défauts. Au fil des flots / Folie des folles / Folle idée folle. Terre de rêve / Ver de terre / Air de trêve.
Mardi 6 novembre 2007 JOUR 26
Le midi est passé vite, la journée aussi.
On a discuté de l’organisation, du fonctionnement et du financement de la machine « comédiants ».
Je suis dans le dôme. Voel monte sur la nacelle élévatrice, il s’élève. Une fois en haut, Antonio la débranche et se barre en disant « astaluego ». Voel frappe sur les tubulures du dôme, ça ne sonne pas, ne résonne pas. Peut-être avec des tapettes à mouches sur le toile.
Un chiffre d’affaire de 2 millions d’euros…dont 90% par les ventes de spectacles et les commandes, et 10% de subvention. Ici, en catalogne, on ne se pose pas la question de l’animatoire de la même manière qu’en France.
A écrire avec des gens autour, j’écris ce que je vois. Je ne m’entends plus de l’intérieur. Je pense à mes amis, mes collègues, mes maîtres, mes guides, nos erreurs, nos essais. Je pense à nos histoires.
Je me demande qui veut de la culture, et quelle culture ? Je regarde cette complexe toile tendue de tout coté entre les artistes, les publics, les financeurs publics et privés, le programmateur, le comptable, le technicien, le législateur, l’assureur, le vendeur, le mauvais coucheur, le commerçant, le commercial, le cracheur de feu, le pompier et la corrida. Si l’un cesse de tirer vers lui, ça flanche. On peut créer librement sur n’importe quelle toile. Pour plus de confort, il faut une homogénéité de la toile, une contrainte soutenable.
Mercredi 7 novembre 2007 JOUR 27
Gaëlle,
Il me tarde de te recevoir chez nous à Marseille, qu’on se raconte nos parcours, nos épisodes de vies, nos vues, nos sentiments, nos inspirations. Je t’écris aujourd’hui, comme j’écris tout les jours, celui ci est pour toi. Comme ça, parce que pourquoiquoi ? Parce que c’est comme ça. Ce midi on parlait des bienfaits des câlins, pour soi, pour les autres, pour ceux qui regardent. Parce que, comme dans chaque groupe, surtout chez les jeunes artistes, ça chambre, ça vanne, ça se prouve, ça rompt, ça lisse… De mon coté, tout va étonnement bien. Etonnement parce que dès fois je flippe d’être si tranquille. N’ai-je pas plus de caractère, d’esprit critique, d’exigence. J’ai réussi, je crois, à faire le vide, la vidange, à me dégager des enjeux habituels : trouver vite du boulot, pas trop chiant et bien payé. Je suis vierge, c’est pour ça aussi, parce que toi aussi. Ici, chez « el comédiants », c’est comme un voyage dans le temps au pays des gnomes. Je m’y sens bien. Ils ont un bon esprit, même si la réalité n’est pas aussi belle que l’utopie, ils sont en lien avec la tradition, les conventions, la population. Ils aiment la fête, le jeux, rire et danser. Ils réalisent des rêves simples. Ils travaillent sérieusement. Même, s’il est vrai qu’ils ont des goûts des chiottes. D’autres apprentis se turlupinent, doutent de leur transmission. Ils sont pour moi des passeurs d’histoire, comme si les gnomes avaient connu Molière. Nous ritualisons la mort, comme si nous enterrions la tradition. Le clown est mort. On travaille les masques, les demi-masques, les ombres chinoises, avec la musique, la voix et la danse. Je t’écris aussi, parce que Gégé. Nous sommes assez complices, comme si nos amis communs nous liaient davantage. Il y à toi et Cécile, et puis la bande à vagabondance, des bons souvenirs, des belles utopies. Des chants communs. C’est la première fois que je suis parmi les plus âgés d’un groupe. Je parais, il me semble un peu sage, un peu sérieux, même un peu froid, distant ou mystérieux. Les non francophones ne rient pas de mes blagues.
Vendredi 9 novembre 2007 jour 29
Nous sommes dans le train. Ce groupe, cette somme incompressible d’individus, d’identités. La conscience du groupe n’existe pas encore, trop jeune, et infantile justement, immaturité collective. Personne n’assume le tout. S’oublier pour observer la nature du groupe. Les groupes sont ils tous cons ?
Quinze c’est trop. Je ne peux pas tout assumer, je ne peux pas tous les aimer, pas tout le temps. Ils font ce qu’ils veulent, je n’ai pas envie de m’opposer, d’être tantôt le rabat joie, tantôt le gentil animateur. On peut bien penser que je suis aussi con que le groupe, je ne suis pas le groupe. Quinze c’est trop, l’intelligence se noie dans les sommes d’individus.
Pour dire « pensée », Monse utilise le mot pansement. Ils sont marrant tout les trois, ils sont très centrés, tellement qu’ils en sont devenus petits. Leur corps est organisé, homogène, animal, contrôlé.
Compression, comprimé, explosion, expression, exprimé. Le troisième temps du moteur peut être l’expression, pas forcément explosion.
Je ne sais pas exactement où on va. Je me sens disponible, mais un peu désengagé, pour ne pas prendre trop de risque, ne pas tomber de trop haut.
On a discuté longtemps hier soir avec Prisca. Calamar, vin rouge, pétard. Je trouve que ma soi-disant sagesse étouffe ma passion et celle des autres. Quand on explique tout, on n’a plus le goût de la surprise.
Souvent je culpabilise d’accepter sans m’opposer. Je me fidélise au compromis, il faut que je prenne bien garde à la compromission. Je trouve des arguments pour rester volontaire, malléable. Pourvu que ça dure. Comment faire ce que tu veux, quand ce n’est pas toi qui décide ce que tu dois faire ?
Si tu veux aller la d’où vient le vent, il faut tirer les bords, zigzaguer vers ton objectif sans lutter contre le vent, en jouant avec lui, en acceptant sa proposition et en lui montrant ta détermination. Trouver des travers pour remonter au vent.
La scène des ombres pose un problème de fond et de forme. Bon les ombres, d’accord, mais le mode de jeux, l’écriture surtout…Mon inculture me sépare du fond, Orphée et Euridis ( ?). Le gars ne doit pas se retourner en sortant du monde des ombres. Si les histoires traversent les siècles, c’est qu’elles sont essentielles, universelles. On y trouve des fondements forts de nos sociétés, de nos représentations collectives.
Je retiens seulement qu’on ne peut pas être sûr de l’existence du monde des morts. Si tu veux vérifier tes croyances, elles s’effacent. Si tu espères impatiemment tu seras déçu.
Une jeune femme vient dans le métro. Elle nous raconte ses malheurs, une trentaine de phrase. Une poésie plaintive, lancinante et monocorde. Elle passe ensuite de siège en siège, de pièce en pièce. Elle a une voix poser, qui porte et le regard posé. Elle est en représentation. Elle empocha plus d’argent que le jeune guitariste qui passe à l’arrêt suivant. Il ne se plaint pas, mais comme il est à plaindre, c’est encore plus pathétique.
Lundi 12 novembre 2007 JOUR 3
Douce mélancolie.
Molle inspiration.
Quelle réjouissance de voir le groupe Faiar en classe de danse avec Monse, que l’on fatigue de manière flagrante, elle en a marre. Quinze c’est trop. Il y en a toujours deux qui lâche, qui se disperse ou se répande. Etonnement elle ressent surtout cela de Kurt, que je trouvais jusque là très à l’écoute. Mais là, il ne les croit plus. Nous avons valsé, sauté, c’est plaisant.
Au monde des gnomes, les grands ont mal aux cuisses.
C’est difficile de creuser, de croire longtemps aux improvisations abstraites de la terre, du feu ou de l’eau. C’est difficile de penser qu’une bande aussi hétéroclite, dispersée et partiellement démotivée puisse faire l’affaire d’une scène chorégraphique des éléments terrestres.
On doit essayer, attendre et voir. Sans se couper la langue, juste en l’enroulant sur elle-même, sans l’avaler. C’est la compression. Il n’y a plus de place pour admettre. J’ai envie de crier, mais comme j’ai attendu, je ne sais plus pourquoi. Anodin, anecdotique. Choisir de laisser faire, choisir de ne rien dire ?! NON, bordel de Dieu. Ça ne me ressemble pas.
Hier, même le roi d’Espagne à dit à hugo chaves de se la fermer lors d’une rencontre internationale. Sarko a défilé avec l’armée pour célébrer le 11 novembre. La tension monte à la SNCF, dans les écoles, chez les étudiants. Les ministres et sous ministres font tampons.
Hier soir, j’ai montré le film de Suivan sur la Villa mon Bprounmpfv à Géraldine, Jérémie, Claire, Kurt, Hélène et Julie. J’étais content de leur montrer cet univers. Ça m’a fait du bien de nourrir la mélancolie installer depuis le départ de mes doudous et de ma louloute tout à l’heure.









