Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

Accueil du site > Promo 2009/2011 > Faiaroscope > Nadège Delalande > FONDAMENTAUX > VILLES INVISIBLES > Dérive sous la pluie

Dérive sous la pluie

samedi 12 décembre 2009, par Nadège Delalande.

où je redécouvre l’accent et les cigales de Pagnol…

Jeudi 3décembre 2009

5h45 : Marseille sonnerie du réveil, la pluie en trombes par la fenêtre de l’appartement j’attends encore un peu au chaud en me demandant si je ne vais pas reporter cette promenade de l’aube

6h15 Je m’extirpe péniblement du lit je veux y être, je veux être là bas avant que le soleil ne se lève. Je veux voir la ville ouvrir ses paupières et entendre son battement de coeur avant le jour. Je me prépare en silence, la pluie en trombes toujours

6H30 : Métro notre dame du mont direction rond point du Prado j’ai demandé la veille à charlotte la femme de ménage s’il y avait un bus pour me rendre la bas. Ce matin je suis donc ses indications.

6h45 : Rond point du Prado je cherche sous le déluge l’arrêt du bus 21 et dois me rendre à l’évidence d’une renonciation due aux conditions climatiques. Du vent de l’eau je ne tiendrai pas dix minutes.

7H00 : Je décide de rebrousser chemin mais n’ayant pas les clefs de l’appartement je ne peux plus revenir à mon point de départ je erre et décide de me rendre à la cité des arts de la rue, en direction opposée. le métro et sa chaleur moite, les escaliers mécaniques, quelques personnes encore dans un demi sommeil. Vingt minutes et je serai à Bougainville d’où il me faudra prendre le bus 30 pour la cité.

7h20 : Métro Bougainville, je sors, dehors la pluie a cessé je reste à la porte du hall d’accueil, je ne peux pas renoncer aussi facilement, j’ai décidé de voir la ville à son réveil je n’arrive pas à me convaincre que la solution est l’abandon pour cause de pluie. Tant pis je repars dans l’autre sens J’ai décidé que ce matin je verrai le monde avant toi soleil et je le verrai…

7H45 : Obélisque du rond point de Mazargue, ça y est j’y suis je suis la bas, la bas c’est mazargue, dans le 9 em arrondissement de Marseille. J’ai quitté l’autobus depuis cinq minutes et je suis déjà trempée mais, trempée pour trempée autant profiter du moment. Je marche dans cet endroit dont je ne connais absolument rien, il fait encore nuit et je suis ravie de n’avoir pas faillie. Je veux enregistrer les sons, ma voix qui décrit ce qui m’entoure seulement cela est impossible sans mouiller mon lecteur mini disc je le fourre donc dans mon sac en espérant qu’il capte quelques bulles sonores. La rue tranquille se débarrasse progressivement de sa couette, un pied d’abord l’autre sortira plus tard. Quelques échoppes s’éclairent, une épicerie…. des femmes des hommes d’une marche rapide et liquide se rendent à leurs activités, à leur travail.

8h15 : J’entre au bar tabac de la rue Emile Zola, pour un café, pour un moment au sec, j’écoute et j’enregistre la vie autour de moi. Des hommes aux cafés, aux discours, aux rires, la patronne derrière le comptoir en zinc, froide et distante me prépare un double expresso… Entre Mr Moustafa, comment je le sais, c’est la patronne qui le salut, ils se connaissent sûrement depuis un moment. Mr Moustafa ferme son parapluie, pose son croissant sur ma table. Je le salut il me répond, enlève son pardessus, lance à la patronne : "comme d’habitude" et s’installe face à moi. J’écris. Ce matin je ne suis pas bavarde, en d’autres circonstances j’aurais engagé la conversation mais il faut croire que la pluie m’a cousue la langue. Non je préfère ouvrir mes oreilles et mes yeux. Ca parle ça chante je redécouvre Pagnol, les hommes des collines provençales, Marseille je suis dans un petit village qui t’appartient. Je me sens bien et je pourrais rester ici longtemps. Petit à petit tout se calme, mon intérieur, la pluie, je suis disponible, à l’écoute, je suis réceptive sans autres questions que la curiosité.

8h45 : je paye mon café, endosse ma parka non étanche et quitte les lieux pour les rues de Mazargue. Une femme à talons arrive vers moi, pressée. Un chocolatier à installé ses décorations de noël, j’ai dix ans et je goûte chacun des chocolats de la vitrine. Entre deux rues au fond, une tour d’habitations à loyer modéré un peu passée attire mon attention, cette chose haute et froide au coeur de ce village m’interpelle. Elle est entourée d’un terrain en friche et quelques lumières aux fenêtres lui donne de la vie. Je continue rue Emile Zola, une envie soudaine de me faire couper les cheveux me prend, m’approprier ce moment par une transformation physique ? Marquer mon corps en souvenir de l’instant ? Arrêter le temps ? Je ne sais pas. J’entre dans la boutique, la femme au balai me regarde étonnée. Je demande s’il lui reste de la place pour ce matin, elle me répond que le salon n’ouvre qu’a 9h00. Oups j’avais déjà oublié le temps et l’heure.je repasserai peut être un jour plus tard, jamais, ce fut mon envie ce matin là.

9h15 : Eglise st roque, les cloches sonnent les 9 coups, le ciel se dégage, et la ville s’anime, la pluie a repris de plus belle, mes chaussettes crient déjà au feu et la capuche qui me protège n’est plus que flotte…je rentre. j’ai assisté au réveil de la ville, j’ai devancé le jour et vécu un moment de paix cela me va. Les heures s’élancent et moi, vers mes occupations quotidiennes.

9h30 : Le bus puis le métro puis le bus encore et la cité où je passerai une bonne partie de la journée à mettre en son et en forme ma petite dérive "mazarguaise" afin d’en faire part le soir même aux camarades FAI AR qui auront eux aussi vécu chacun la leur.

Merci hendrick Sturm pour cet exercice

au travail !!!
courage !!
mes dix ans !
habitation à loyer modéré
invitation
escalier trop petit

Portfolio

au travail !!! courage !! mes dix ans ! habitation à loyer modéré invitation escalier trop petit
SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0