Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

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Delphine - La Cavale Blanche -

Si vous êtes là, c’est qu’ils ont prévu de faire des choses peut-être bien ?!

lundi 6 octobre 2008, par Boueb.

"Ah c’est vous les artistes en stage au Fourneau !? Moi je veux bien vous parler, mais je sais pas si ça va vous intéresser." C’est comme ça que Delphine nous aborde rue Carpon, le long du mur. On se revoit pour s’entretenir une heure plus tard dans le local de "Vivre La Rue", rue de Saint Malo.

J’habite pas le quartier, mais j’habite pas loin.

J’habite, quand on continue les rives de la Penfeld ; j’habite à la Cavale Blanche. En fait on peut venir à pied facilement ici, par les rives de la Penfeld justement. La Penfeld c’est la rivière. En fait, ce qui nous sépare, c’est cette fermeture des Capucins. On n’est jamais passé là. Mais en tout cas je peux, en passant par au dessus des portes, encore en passant par des espaces verts, suivre les rives de la Penfeld, il y a un barrage à un moment, y’a une porte de l’armée, et après hop, je remonte et j’arrive ici, autour là, et je redescends sur Recouvrance, et voilà.

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Rue de Saint Malo
Ruines du XIIe, squattées par "Vivre la Rue"

Mais voilà, Brest... heu... ça a des cotés positifs et négatifs. Bon ben voilà, je trouve que c’est une ville un peu glauque, un peu sinistre il n’y a pas trop de couleurs, y’a pas... heu... Les rues marchandes c’est une grande ligne droite et puis après au delà de ça, quoi que ça commence à s’arranger un peu,

c’est un peu « picolo-picolo » les bistrots.

À part ça... heu... il y a des très bonnes choses, culturellement, et ben on peut faire plein de choses, beaucoup de possibilités de faire des activités de... heu... et bien de, en dehors du travail. Ponctuellement, je sais que je peux utiliser plein de structures ici... heu... prfff, voilà. Et puis ici quoi, rue Saint Malo. Ah ça fait un moment que je connais ici, parce que comme je faisais parti d’une association : « Parc Art Skoasel », et ben on était en lien avec « Vivre La Rue ». Les associations se connaissent les unes les autres, il suffit qu’elles soient un peu écolo et originales, tout de suite Brest c’est pas très grand finalement. « Parc » - « Art » - « Skoazell », « Parc »... -... « Art » ...-... « Skoazell », P, A, R, K ou C, je sais plus, dès fois c’est K aussi, plus loin « Art » et « Skoazell »,

S, K, O, A, Z, E, deux L, « Skoazell », comme ça se prononce.

C’est,... c’est un jardin, un jardin associatif à la Cavale. Moi j’ai essayé de mettre en place quelque chose de plus culturel, j’avais des conteurs, on est allé dans les bois, avec des clowns des choses comme ça, mais ça a pas fonctionné exactement comme on voulait. J’crois qu’c’était une histoire de finances comme d’habitude, ça coùtait trop cher il aurait fallu payer les gens, et puis voilà, il aurait fallu encore vendre de l’alcool, prfff... , puis on en sort pas quoi. Voilà, difficile de trouver l’argent en fait, parce que l’argent souvent c’est parce que les gens y picolent qu’il y a des sous qui rentrent.

C’est la triste réalité quoi.

C’est resté un jardin potager, point barre quoi... Donc il y a aussi, bah, le peuple aussi quelque part qui n’trouve plus du tout de valeur à rien. J’ai jamais fréquenté les bars, ici au moins. Je ne suis pas trop observatrice mais je me rends bien compte que ça ouvre ça ferme, et qu’il y a plus de fermetures que d’ouvertures, ou alors si ça ouvre, ça ouvre pas longtemps.

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L’ancienne prison
prison elle même ancien couvent

J’avais fait des massages ici

, pour les « Beaux Dimanches », relaxation en fait pendant les concerts : j’avais installé un matelas ou alors une chaise tout simplement, et puis qui voulait venait se faire masser un quart d’heure, comme ça. Là j’ai arrêté parce que... heu... ouais. Franchement je ne suis pas une habituée. J’aime beaucoup cette association, parce c’est culturel, qu’il y a de la musique, tout ça, mais en même temps il y a toujours le négatif, c’est à dire les gens et c’est glauque quoi. Et franchement j’ai besoin vraiment de me retirer de ça. Par exemple j’ai arrêté de fumer y’a deux ans, et c’est suite à une sortie ici, en plus, où j’avais trouvé que c’était tellement glauque, et que moi, j’étais dans ce « gloaque » aussi, ou je sais pas comment on appelle ça, enfin, je me suis dit, bon ben il est temps de faire quelque chose. Le lendemain j’ai arrêté de fumer et j’ai toujours pas repris, ça fait deux ans. Ceux qui viennent ici, ben c’est monsieur tout le monde, mais surtout, il y a quand même les jeunes hein. Entre 16 et 20 ans, 25 ans bon. Après c’est sûr qu’on se calme, après moi, j’ai fait comme eux hein. Douarnenez, machin et tout. D’accord. Mais on a sûrement un rôle éducatif aussi vis à vis de ça.

Parce que, on est capable de faire la fête

, on est capable de s’amuser, de faire de la musique etc, sans être complètement comme ça quoi, voilà. Complètement pété, quoi, parce que ça entraine des choses, ils en font de la réclame d’ailleurs à la télé. Et bien moi je trouve que ben voilà, en ce moment on est dans une période où il faut que, heu... Bah, on a le droit de temps en temps de se mettre minable. Mais c’est un lieu qui est chargé de ça ici, et ça a sûrement été chargé de ça dans son passé lointain en plus, avec la prostitution et les marins et puis tout ça, il y a quelque chose de lourd ici à porter. Recouvrance est un quartier très lourd de, de, de ben de souvenirs. Si on était bouddhiste, on dirait que ça a un lien avec le carma quoi. Chaque ville a son carma, chaque personne a son carma. Ça c’est bouddhiste, hein. Je suis pas bouddhiste, mais je connais leur philosophie. J’ai fait rupture à peu près deux ans quoi. Là on me revoit, ça fait peut être un an ou deux que je suis pas venu.

Tellement j’avais besoin de me nettoyer quelque part.

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Bar "Le Trou"
No comment

Pour les Capucins, ils nous ont mis au courrant, quand même. Ils avaient fait une expo ici, là derrière le mur ici. Je suis allé voir, il y avait plusieurs architectes, après ils ont choisi un architecte qui, bah qui, qui allait mettre ça en place. Tout de façon et ben prfff. Il y aura des habitations et des commerces. Mais si vous êtes là, c’est qu’ils ont prévus de faire des choses peut être interressantes. Tant que ça devient pas un gros lieu de business. Nous, on n’a même pas été consulté, c’est comme pour le tramway, est ce qu’on a été consulté ? Et puis, d’toutes façons j’vous dis ça, mais j’en sais rien, j’men fous un peu, quelque part je sens tellement que j’y peux rien, hein, à c’tte affaire. Y en a tellement d’association qui s’occupe de ça, de toute façon y a jamais rien à faire. De toutes façons une fois que les décisions elles sont prises en haut, y’a rien à faire. C’est ...bon, ben voilà hein de toutes façons il y aura le tramway,

y’a rien à dire et puis quand il sera là et ben je verrais bien.

Et puis rue saint malo, qui monte qui monte, qui devient un lieu de fête, voilà, qui devient un lieu de musique, de partage. On ne se touche plus, c’est froid. En plus moi je trouve que les bretons ils sont fort là dessus, rustre, ah ouais ouais, rustre. Ouais.

P.-S.

Un grand merci à Delphine, dont on restitue ici une partie de la parole.

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