Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

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Des bonjours !

Première semaine

dimanche 7 octobre 2007, par Boueb.

Première semaine. Comptes-rendus journaliers. Installations, rencontres et découverte du milieu cultu(rue)el marseillais. Beaucoup de textes : cinq fois 32 lignes. Pas de photos ni de vidéo.

1er octobre 2007 JOUR 1

Des bonjours, des gens, des visages, des noms, des Naim, Voel, Géraldine, Jérémie, Lili, Jana, Claire, Berta, Prisca, Ferran, Kurt, Michael, Julie et, et merde.
Il en manque un avant « et moi », ou une, je ne sais plus. Eux, c’est Nous, les nouveaux, les apprentis, les 2emes promotion, les faiaristes.

Les autres eux, pas ceux des poules, ce sont des Dominique, Camille, Sophie, Aurelie, Philippe, Franck et une autre, je ne sais plus, elle était pas là, c’est une comptable, à mi-temps. Les autreux, ils s’occupent de nous, de tout en fait. Ils ont l’air bien, bonne ambiance, organisés, rigoureux.

Ici, c’est La cité des arts de la rue. Le maire du village c’est Crespin, l’heureux père de ce repère. Les habitants l’appellent Michel puisque c’est son prénom. Les voisins du jour étaient Anne, Valérie et Loïc de l’APCAR. C’est pas jolie, mais c’est pas fait pour, ça « préfigure », et ça , ça en jette.

Et puis les voisins les plus eloignés du bourg : Lézard à part ; Fred, Alice, Adelin, Cécile, euh Agnès, euh non, Fabienne, hof, je ne sais plus. Il était 18 heures, je commençais à ne plus imprimer. Ma mémoire brève des visages et des noms s’étiole, s’effrite.

STOP

Une page par jour. Discipline si possible.

Moins on se pose de questions, moins on cherche des réponses.

2 octobre 2007 JOUR 2

Un par un. Une par une.
Bonjour je suis ci, je fais ça, c’est sympa. Non c’est vrai, sans déconner, c’est bien. On se découvre, on se dévoile, on se montre des morceaux de carapace, des reflets du miroir.
On se lit pour se lier.
On se relit pour se relier.

Ce matin, on s’est installé dans le bâtiment A, ah oui ?
A comme apprentis, abruti. J’ai monté la batterie, il me tardait. J’ai joué un peu, pour voir, pour entendre, régler un peu, peau finer, et pour savoir si ça s’entendait beaucoup…sûrement que oui : ils étaient tous partis.
Temps mieux. J’avais déjà envie d’être seul. La corde se tend entre l’irrésistible aventure humaine collective et l’indispensable respiration solitaire.
Fermer les yeux.
Attendre.
Attendre rien.
(rien)
L’avenir et le vide font battre le cœur plus vite que le présent qui se déroule sans peur, sans peine, sans pouvoir le retenir.

Un parrain, ah oui, j’attends de voir la mama, si elle existe ici, celle de la chanson d’Aznavour, celle où tu crèves de te blottir, en sécurité, dans le creux des années passées et ses paradoxales rondeurs.
Sinon, le Rock-Machine-Camboui de chez Sud-side me fait vibrer l’harmonique nostalgique du passé, assez proche celui là. Plus proche que le sein de ma mère, que je n’ai jamais tété, je crois. _Le Michel ( ?) de Karwan me plait bien aussi, et l’Elodie. Ce sont des gentils. Moi aussi, si j’en détenais, je leur confierai de l’argent public. Peut être pas si j’étais de droite. Ça fait cher pour faire chier le Roi, et satisfaire les intellectuels de gauche. Ça en fait du public, et surtout de l’argent. C’est un investissement, pas une dépense. C’est un investissement, pas une dépense. C’est un investissement, pas une dépense…

3 octobre 2007 JOUR 3

Soir
Tard
Trop
Trois…
Des infos, toujours des rencontres, des visites.

Ce soir, Stéph’ était au port avec son raffiot et son équipage de choc, des bouts de bande éclatés : Carmella Vendaval, Fafiolle Petit théâtre de pain, Thomas et Nico Tango sumo, Jenny d’Escale et Vent d’etoile, le Ben marseillais (le Ben de mai)… Mon milieu des arts de la rue rassemblé sur le vieux port. On a arrosé ça et Attika est tombé dans l’eau, Nélo et Anouck sont resté sur leur garde. Tant mieux, je n’avais pas envie de plonger en sauveteur d’enfants dans les obscures eaux crasseuses d’un vieux port.
Marseille a gagné contre Liverpool. La ville a fait un tour de moteur quatre temps à la mode Sud-side : admission, compression, explosion et détente.

_À les côtoyer de si près, nous découvrirons bientôt l’abus des élites.

_Le clown mélomane que m’a semblé être Mr le directeur Sauvageot (Lieux publics) pète quand même dans les hautes sphères. Il trouve gênant et déplacé que « trop » de lieux veulent devenir comme le sien. C’est lui et ce sont ses propos qui sont gênant et déplacés. Quand tu es en haut sur un coussin d’argent, voire un coffre fort, il y a des jaloux, des détracteurs, des contestataires, des critiques assassines. C’est normal, les millions ça rend con.

(Youn pleure, je ne peux pas écrire dans le bruit des pleurs, je ne peux pas le laisser attendre la fin de la page qui s’interrompt là.)

Samba, le chien de Lili a gnapé un poulet de Mr Mongy, le gardien. Halte. C’est un incident de taille, mais ça veut rien dire. On ne sait pas de quelle taille.
Je le choisirai bien comme parrain Mr Mongy, Berta aussi.

Chez Générik, il n’y avait pas la mama, cathy, je ne la connais pas, je ne crois pas qu’elle soit une mama.

Le rosé de lieux publics est très bon, un vin bio. Il y a une caisse de légumes, une AMAP à St André. Il y aurait peut être une place pour un panier, faut venir le mardi, ça fait loin, ça fait rien.

Sauvageot, puisque ceux qui se font un nom perdent leur prénom, il vouvoie ! C’est rare, c’est peut être pour pouvoir être vouvoyé, vous voyez ? Il parle d’une organisation en râteau, je pense qu’il en est le manche. Est-ce la jalousie qui rend intolérant ou le pouvoir qui rend imbuvable ? Il a dit des conneries plus grosses que lui : « Je m’en fous des gens, je le fais pour moi ». « Jack (Lang) va sûrement accepter le boulot de Sarko sur l’union méditerranéenne. C’est normal à son âge, c’est son dernier boulot »

Quelle sera l’échelle des salaires à la cité des arts de la rue ?

Compromis chose due.
Charité bien ordonnée commence à me gonfler.

Ils ont quand même fait des « flash mob », sans mêler l’enseigne à l’action, faut pas exagérer. Mais ils l’ont fait. Garder la tête sur les épaules, moi-même j’accepte beaucoup plus de choses qu’il y dix ans. Je vieilli, je ramolli.

“A 20 ans si t’es pas de gauche, c’est que t’es un con. A 40 ans si t’es encore de gauche, c’est que t’as rien compris.”

Vive les couillons qui garde une ligne de conduite. Moins d’orgueil, de vanité. Plus d’humbles couillons.

4 octobre 2007 JOUR 4

Enfin, matin 5.
Fini tard.
Grosse cote à vélo.
Trente minutes.
8 kilomètres.
Rebours.

Anniversaire de Naim sur la plage des corbières.
Champagne, gâteau, bougies, seiche échouée, pain papier, gruyère « Tricatel ».

Une heure de bus marseille by night, l’arc de la belle baie.
Les Cayols-l’Estaque. Le passionnant récit de l’archi Charles (Bové !). Mémoires d’urbanisme. Mythes et légendes d’un peuple marseillais. Les bads boys (un artiste organise l’attaque d’un train touristique avec des minots. Scandale, presse, procès. L’action était filmée. Elle fut diffusée, assumée et légitimée par le FRAC).
Visite guidée du tramway qu’il a conçut en partie. Belsunce-les Cayols. Histoire illustrée de la vidange d’une place. D’un parking-immeuble au vide disponible, approprié par les terrasses des cafés.

Champagne chez l’adjoint à la culture et son directeur général. Les affaires culturelles, à Marseille le mot affaire prend son sens. On entend un ramassis de conneries sur l’art, l’animation, les gentilles initiatives citoyennes, les boules, les poètes, l’immigration et le front national.
Morceaux choisis : calcul marseillais « A Marseille il y a un tiers des personnes qui payent des impôts et les trois quart qui ne les payent pas ! » sans sourciller. Comme le poète catalan dont je ne sais plus le nom, Serge Boté aime l’artiste « parce qu’il ne veut rien et qu’il ne sert à rien », à bon entendeur…

5 octobre 2007 Jour 5

Fin de la première semaine.
Je suis raplapla.
Plus en raison d’une petite gastro que des cinq jours de découverte de Marseille, de l’équipe et de la formation.

Aujourd’hui, je dis un petit merde et un gros MERDE.

D’abord, c’est le petit merde au sujet de la fête, la mise à l’eau (la miss allo ? l’ami salaud), un lancement, un pot. Nous sommes tombés dans le panneau de la représentation. Si nous sommes là c’est que nous sommes des artistes, nous ne nous connaissons pas encore, nous n’avons pas commencé à travailler, nous n’avons rien à prouver à personne.
Le but c’est d’approfondir nos relations avec ceux qui viendront. Il faut juste qu’il y ait une bonne ambiance conviviale. Si on est sur le pont, on ne sera ni disponible ni décontracté. Un thème, soit, une déco, soit, une ambiance sonore, oui, un événement, mais un seul et simple s’il vous plait, et puis un pot, une soupe, un pipi et au lit ! C’est déjà lourd et complexe pour seulement huit heures de préparation.

Ce petit merde, il faut que je le mail, et le gros il faut que j’en parle à Dominique et aux autres, peut être en groupe.

Ce n’est pas une fatalité de quitter sa famille quand on est artiste. Doit on être un père absent pour être un bon créateur. Si une tournée peut nous éloigner un temps, s’ensuit souvent une pause. Un bon travail repose sur une vie privée et familiale équilibrée et épanouie. MERDE. Que veux tu dire Dominique à ces huit jeunes femmes ? : si vous faites des enfants, que vous voulez les voir et les élevés, il faudra changer de métier ! Ou l’inventer, écraser cette fatale fatalité. Oui, j’aime mes enfants, ma belle, plus que mon métier. Je n’ai pas le sens du sacrifice.

Sinon, je sens bien le groupe, non, je sens biens les personnes du groupe, on va bien rigoler.

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