Carnets de bord des apprentis de la FAIAR
La FAI AR est le premier centre de formation européen dédié à la création artistique en espace public, implanté à la Cité des Arts de la Rue à Marseille

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Baton merdeux

samedi 18 septembre 2010, par Mathurin Gasparini.

Comme lors du bilan de fin de fondamental avec Sud-Side j’ai géné pas mal de monde avec mon expression "baton merdeux" en parlant du travail en collectif, je vais essayer d’être un peu plus clair, tout en en remettant une couche.

Le travail en collectif est avant tout une posture, éthique, politique (il y a d’ailleurs un article sur le sujet dans le télérama de la semaine), en aucun cas un gage de qualité ni de bonheur durant la période de création.

En tant que posture, cela ne fait que rajouter du sel à la relation, encore faut il savoir à combien on copule et avec qui. Le travail collectif est basé sur la confiance, qui n’est pas quelque chose qui s’invoque ou se demande. Il y faut également beaucoup de rigueur, relationelle, pratique et morale.

Le collectif est également en lui même un passage de baton merdeux puisque le risque est grand que le sale boulot ne soit assumé par personne au final.

Mes experiences de travail et leur rapport au collectif :
- Transe Express : un chef qui décide tout, qui est partout et qui suit tout, il place ces musiciens comme des pions, travaille avec des personnalités typées pour chaque rôle. Efficacité, grand spectacle, facilité de se couler dans le moule pour les interprètes mais lassitude et manque d’ouverture. Une phrase de lui, retransmise par un cmédien qui lui faisait une proposition : "je ne prend pas les idées des autres, surtout quand elles sont meilleurs que les miennes".
- Les Justins : après le Transe, ça m’a fait le plus grand bien, impression d’avoir ma place, de pouvoir parler, proposer, malgrè la revendication de collectif, il y a toujours eu un leader qui a changé par abandon ou épuisement tous les deux ans environs. Des créations tièdes, souvent prises en charge par personne, et un épuisement général au final.
- La Petite Compagnie : montée par une bande de potes zonards, collectif par évidence, mais j’y ai beaucoup impulsé d’energie sans que cela soit toujours reconnu. D’autres aussi. Epuisement également car plus de direction commune à explorer, plus de projet commun. Et difficulté à faire des repetitions tous ensemble.
- Avec Fred Dubonnet : écriture à deux, en se disputant sur chaques voyelles, dix ans pour faire 70 pages, à raison d’un soir par semaines, régularité necessaire.
- Dans le bâtiment : évidement pas collectif, avec un patron et un client, ce qui est encore pire, impossibilité d’arriver même avec dix minutes de retards plus de trois jours de suite… Je pourrais rajouter que je suis né dans une vallée communautaire en Ardèche et que mes parents ont fui ça assez vite après s’y être investi totalement.

Bon voilà, je crois que le collectif ça se fait avec un noyau dur, des compétences et responsabilités clairement réparties, et une grande rigueur de savoir fermer sa gueule aussi.

Le faire dans le cadre de la Fai Ar : trop nombreux, pas choisis, tous les mêmes prétentions à diriger, des points de vue fondamentalement antagonistes (et c’est bien) quand ils ne sont pas troubles (c’est moins bien mais notre cas à tous !)….

Mais le terme de baton merdeux est aussi une manière de noter le challenge, la difficulté qu’il y a à tenir ce truc dans les mains sans s’en mettre partout, et je trouve bien que Sud Side nous ai proposé ce pari et qu’on ai joué le jeux et même que ce se soit dans les grandes lignes assez bien passé. En tout cas je préfère en parler comme d’un baton merdeux que comme d’un truc simple, idéal, propre….

Evidement, fondamentalement maintenant je rejette l’idée de travailler en collectif, trouvant la signature en bas plus engageante personnellement que le travaille en collectif.

Ce qui n’empèche que je n’imagine pas travailler seul ou sans l’apport des individus qui travaillent avec moi, ou sans collaborations approfondies, mais sur des projets, dans des cadres et sans obligations. Le collectif n’étant qu’une posture.

Il me semble que l’on est plus efficace quand on ne se pose pas de questions sur sa place ou sa légitimité…

Allez un autre sujet pour finir en beauté, qui est peut-être une réponse à Nadège et sa question sur le blog "c’est quoi, occuper un espace ?", mais peut être pas…Il me semble qu’il y a deux approches par rapport à un espace, une qui serait "qu’est ce qu’on va y trouver et en faire ressortir" et l’autre plutôt "qu’est ce que je vais pouvoir faire dedans". La première suppose une neutralité de l’artiste, une non-subjectivité, une position de chercheur qui fait remonter à la surface. Quoi, pourquoi, avec quels présupposés, de quelle manière, cela dépend de la sensibilité de l’artiste, qui arriverait sans matière prédéfini. L’autre point de vue serait "j’ai un parcours, une expérience, des outils, des compétences à ma disposition, qu’est ce que je vais faire à cet endroit ?" L’artiste qui vient avec son bagage, qui s’adapte au lieux, mais y amène ses points de vues et ses reflexions, ce qui crée une vrai discussion puisque chacun arrive avec ses points de vue et l’un n’est pas en train d’inteviewer l’autre. Il me semble que l’artiste n’a pas à être un miroir, ce qui importe se sont les déformations qu’il apporte, le sens dans lequel elles vont. Et le pire est bien d’être complaisant.

J’ai de plus en plus tendance à tracer une ligne nette entre les propositions qui visent à émanciper et celles qui visent à ce que rien ne bouge, qui pratiquent une normalisation de la vie en société.

Et voilà, xième texte sur ces sujets là dans ce blog, pourtant j’ai l’impression d’avancer, sans convaincre personne, mais ce débat-serpent de mer de cette promotion-revient régulièrement donc j’y replonge aussi….

2 Messages de forum

  • Baton merdeux Le 19 septembre 2010 à 22:15, par lolo

    Mathurin,

    je crois pas que le bonheur pendant la création intervienne dedans le travail. C’est pour après, le bonheur quand c’est fini. y’à des moments où c’est le pied la création, c’est grisant, passionnant, on découvre, c’est palpitant et très intéressant… mais que ce soit seul ou entouré, c’est du même ordre.
    en fait, on dirait que le collectif est une sirène de laquelle tu es encore un petit amoureux
    Ce serait un monde idéal où l’on s’aimerait à la vie, jusqu’à la mort, et même après.
    comme si tu nous mettais en garde, comme si tu nous armais pour faire affronter cette sirène, comme si nous y allions.
    Nous n’y allons pas
    Néanmoins, lorsque nous y sommes, que les règles du jeu sont établies, nous nous en tirons pas mal, sauf que là où tu mets le bémol, je mettrai plutôt un dièse :
    Alors que tous avions un domaine sur lequel exercé justement nos capacités à diriger, les responsabilité clairement partagées, nous avons manqué de dialogue, de bouches qui s’ouvrent

    je crois que le collectif ne peut qu’exister autour de quelque chose, et le noyau est sans doute plus le projet que la ou les personnes, après y’a une question d’alchimie entre les cervelles, et ça ne se maîtrise pas.

    La création collective, je sais pas pourquoi on en parle temps

    mets en partie ta raison, je te rejoins sur beaucoup de points. Notamment quand tu parle d’efficacité et de questions de place, mais ça s’applique aussi sans "collectif", encore que si on dit collectivité, ce que je viens d’écrire est faux.

    y’à un truc que je n’ai pas compris, c’est dans les deux derniers paragraphes tu opposes deux visions de l’artiste, mais je n’en vois qu’une, je crois que c’est l’artiste que tu as découpé en deux, d’un côté l’artiste sensible, de l’autre le passé de l’homme ou de la femme qui héberge l’artiste sensible. C’est dans les deux cas (si tenté qu’il y en ait deux), une manière de poser son regard qui est intéressante. En fait je ne saisis pas les références, je distingue mal les catégories.

    et je dirai au lieu de rien ne bouge, centrifuge qui ramènent vers l’intérieur, il s’agit d’un mouvement au même titre que le centripète, c’est juste le rapport au centre qui se décale, mais le centre demeure.

    et faut que tu développes maintenant parce que, en disant ça, tu sous-entends que tu as rencontré ces formes, que sont donc ces propositions qui ne proposent rien, veillent à ce que rien ne bouge, normalisant (normant ?) la vie en société ?

    Le collectif, c’est un mode de création sur lequel je ne crache pas, ce n’est pas non plus mon crédo absolu, c’est un mode qui a ses applications.

    (sinon moi j’aime bien agencer les pots de fleur sur une étagère pour que ça fasse beau)

    • Baton merdeux et jardinières de géraniums… Le 21 septembre 2010 à 14:45, par gélule

      Lolo..merci, Mathu aussi… ça bouge grave dans nos cervelles et vive la lucidité et l’intuition.
      Ces derniers temps je pensais beaucoup à la connaissance de soi (qualités/limites/manques/peurs) comme un outil pour travailler avec les autres. Analyser son propre rapport au pouvoir (vouloir convaincre/vouloir être aimé/vouloir être le meilleur/vouloir répondre à des attentes, celles à soi, celles des autres….)Je trouve tout ça important dans le boulot.
      Et puis aussi je me disais que certes on est des chefs mais que pour le moment on est en train d’apprendre donc que l’engagement n’est pas le même sur un projet quand évidement tu bosses avec des gens que t’as pas choisi, dont t’aimes pas les goûts/l’esthétique/la façon de bosser/le rapport au politique…
      Donc du coup on peut aussi se dire que c’est comme ça, faire avec, se dire que de toute façon ça sera improbable et inédit et se mettre dans un coin du crâne : "Alors aujourd’hui j’ai appris quoi des petits connards ?"
      Parce que voilà, maintenant je me confirme à moi même le fait que tout ce que j’apprends à la faiar, je l’apprends de VOUS !
      Un grand sourire avec des bouts de bâton merdeux entre les dents …

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