octobre - novembre 2010
partir à l’autre bout du monde, rencontrer une équipe artistique, découvrir une manière de travailler, explorer une ville, vivre les lieux…
Voyage Asie Centrale

Le Kirghizstan, comme un pays improbable que l’on situe plus que vaguement dans le tas des pays en "stan". Capitale inconnue.
Arrivée au tout petit matin, dans la nuit encore. Le jour se lève dans nos yeux vitreux d’avoir mangé une nuit. Vue sur les façades défraichies du bloc 27, microdistrict 12, sous les roucoulements des pigeons qui squattent le toit et les cris des nuées de corneilles. Les montagnes au loin sont enneigées, ici c’est la plaine, il fait doux et gris.
La mère de Serguej dort. Il y a des tapis partout, on boit du thé et on balbutie quelques mots.

Bishkek, ville prévue
Bishkek, comme ville. Grand, large, plat.
De grandes artères, des 2 x 3,5 voies qui forment le squelette. Et le reste des rues est soit parallèle soit perpendiculaire. Ça fait un effet d’organisme urbain dans un carcan géométrique, un genre vieille ville nouvelle.
Espace pensé, pré-pensé, avant d’être habité. C’est le plan qui précède la vie d’ici.
Sensation qui se double d’une étonnante et persistante difficulté à me repérer dans ce quadrillage.
La plaine est parfaitement plate. On croit aussi à la perfection des angles et des lignes. Une ville tracée au cordeau et au niveau. Vue d’en haut, je l’imagine parachutée au milieu de la steppe.
Il y a un côté absurde, insensé, quand rien ne semble pouvoir expliquer pourquoi ici et pas 20 kilomètres plus loin.
La vie d’ici s’est bâtie, se construit là-dessus.

Bishkek s’étale et prend de la place, la place qu’il y a. La ville se délaye dans l’espace. Entre tout, il y a du vert au sol et des arbres, prévus aussi.
Au centre de la ville, vieux immeubles décrépis, symboles de bâtiments soviétiques ou vestiges des tentatives d’ornementation de l’architecture communiste se partagent le paysage avec quelques constructions flambant neuves, centres commerciaux pour la plupart.

Et partout ailleurs, НАРОДНЫИ, chaine de supermarchés ouverts 24h/24, et quantité de panneaux publicitaires, 10 x 3 mètres, suspendus au dessus des voies de circulation, contrastent avec les alignements d’échoppes.
Plus loin encore, ce sont des clubs immenses, karaokés et discothèques, qui ponctuent les bords de boulevards. Succession de néons, couleurs clinquantes et clignotis.

A Bishkek, on soigne les apparences. Les rues sont propres, les feuilles d’automne régulièrement balayées. Ça ne coûte pas grand-chose. La ville en dur, elle, regrette de ne pas pouvoir faire pour le pérenne.

Bishkek vivote. Difficile de savoir si ça va de l’avant ou si ça stagne. Quelques chantiers, pôles d’activités, le plus grand marché d’Asie Centrale, mais la ville ne semble pas vraiment engagée dans une dynamique de développement propre à beaucoup de capitales.
Ici, on fait avec ce qu’on a, ce qu’on a déjà, pas du neuf. On fait avec pas grand-chose.
Mesto D
Une compagnie de théâtre. 3 ans. De la rue surtout, de la salle un peu. Un festival d’arts de la rue, dont la première édition a eu lieu en 2009, cette année annulé pour cause de révolution et autres événements politiques. Ici, aussi on fait avec pas grand-chose, mais par contre, on fait, action, temps, terrain, énergie. On fait pour pas grand-chose mais avec force et détermination, conviction, engagement. Ils le disent comme un choix.
Ils fêtent leur anniversaire de compagnie en parlant du chemin qui est devant, pas forcément pour atteindre une destination, surtout pour avancer. Un anniversaire à fêter, un verre par personne, 5 discours minimum et autant d’occasions de trinquer, une gestion de la gorgée à anticiper finement ; ce qui compte c’est un temps partagé.

Entre autres choses, nous avons… assisté à l’avant-première d’un spectacle de théâtre contemporain kirghize, écouté des réunions en russe, fait des trainings dans la petite salle du Russian Drama Theater, suivi Serguej, Alexandra et Mahabat qui ont joué pour un mariage, improvisé à six dans la rue - travail d’écoute, de choeur et d’occupation de l’espace public, fêté l’anniversaire de la compagnie en interne, fêté l’anniversaire de la compagnie en public, joué dans la rue pour une action caritative, posé la boîte rose de Bishkek pour Nadège et le centre de gravité de la ville…
Un programme au final dense, qui s’est construit au jour le jour, en fonction des opportunités et des envies. Sensation de partager le quotidien du boulot, et non de réaliser un projet pensé et formalisé à l’avance, être là quinze jours, être dans ce qui a lieu, partager ce qu’on fait…
Pour nous, un accueil simple et généreux. Une grande ouverture et confiance dans le travail. Une vraie rencontre. Merci.
On/Off
Rencontre avec Nikolaï, vidéaste. Une exposition de jeunes artistes d’Asie Centrale, du 26 au 30 octobre, sous la statue de la liberté.
On visite le parking souterrain désaffecté dans lequel aura lieu l’exposition.

Après quelques jours de prises de contacts et de rencontres avec quelques-uns des artistes et organisateurs de l’exposition, nous sommes invités à participer à l’exposition. Nous présentons une carte de Bishkek éclatée au cordeau et crayon à papier et une performance pendant le vernissage.

Un imprévu, des rencontres rapides mais chaleureuses…
Le surlendemain, on ira marcher avec Pavel et Choro dans un quartier du bout du nord de la ville.
ДОРДОЙ - Dordoï, la ville dans la ville

Le plus grand marché d’Asie Centrale, dixit les gens d’ici. Une véritable ville dans la ville, construite intégralement en containers. Artères principales, rues, ruelles et chemins de traverse. Le tout à angles droits, à l’image de la ville globale. En quelques minutes, je me perds. A tourner soit à droite soit à gauche, à tourner indéfiniment. Impossible de savoir si je suis déjà passée ici ou non. Tout se ressemble.
Vêtements, chaussures, articles ménagers, bricolage, gadgets, tissus et mercerie, mécanique, conditionnement… Les quartiers sont thématiques mais chacun est immense. Je navigue de l’un à l’autre au hasard, toute volonté ou choix délibéré semble impossible.
Dans le coin des presses, ça sent le marché de gros, le marché de l’énorme. Machines à façonner les ballots de marchandises, crissements de scotch à l’appui et enfilade de camions en attente.
Mais Dordoï, c’est aussi le marché du quotidien, du petit, des courses à faire. Les chaussettes étalées sur une toile au sol et la tricoteuse à côté, les vendeurs ambulants, thé et autres beignets, les transporteurs dans les ruelles étroites et leurs chariots à bras chargés au maximum qui te crie de te pousser ou s’en occupent…
Allées de containers sur lesquelles des toits métalliques ont été construits, et non l’inverse. Paysage de containers, étendues à perte de vue.
Je me perds, je me perds et je me perds encore. J’aimerais connaître la superficie de Dordoï.
Issyk Koul
Deux derniers jours, road trip, le tour du lac Issyk Koul, paysages plein la vue…










