Dans le train qui me conduit vers les miens, j’écoute Cueco qui joue du Zarb, petit tambour iranien très riche en variété de sons. Il est 6 heures du matin, le jour est encore loin dans la nuit
Je repasse en revue le programme de ces trois semaines, premier fondamental en temps qui s’est conclu sur une « sortie d’atelier », un accueil du public. Accueil dont plusieurs s’interrogent non sur la légitimité mais sur la pertinence d’une telle démarche. Même si ce qui a été fait à cette occasion relève d’une qualité certaine, le travail qui était mené jusqu’alors a été abandonné (peut-être mis au service de cet accueil) pour une approche qui ne relève plus ni de la recherche ni de travail en profondeur vers des territoires encore inconnus, mais dirigé vers la monstration, donc une application et une implication sensiblement différentes. Dans l’idée même de la présentation-représentation, il ne s’agit plus de commettre des erreurs (on peut certes se tromper mais ce n’est plus le lieu pour le faire) mais de respecter une partition plus ou moins écrite.
Quoiqu’il en soit, nous avons répondu à la demande et je crois plutôt bien avec beaucoup de plaisir et une réelle implication, ce qui ne m’empêche pas de penser (ou de croire) que la prise de risque est plus intéressante et plus grande en configuration laboratoire où du fait de l’environnement notre exigence se place à l’endroit même de notre fragilité.
Gare de Grenoble, 13 : 33
Banc public, assis dessus je regarde passer les gens dans l’entremise de mes doigts en croix. Je pose mon regard sur une fille au téléphone, blouson de ski orange, blue-jean, vieilles baskettes blanches, elle marche avec le bassin devant et les genoux légèrement pliés, quasiment assise. A cet instant je me souviens de moi voulant écrire avec mon corps. C’est peut-être cette ouverture que j’ai ressentie sur la marche lente d’Elsa. Ecrire, écrire le corps, écrire plutôt par le corps ou bien les deux ; en l’occurrence de ce fondamental il s’agissait plutôt d’écrire pour le corps. Je recolle au sujet.
Première semaine senti état à creuser, chercher là où ça va loin, chercher en premier pour soi, travailler la matière sensible, sentir la vacuité de celui qui marche sur un fil, disponible au bouleversement. Aimé cette lenteur décalée, chaque pas creusait un peu plus l’abîme, l’ouverture.
(train grenoble gap, voiturette minuscule à peine plus grand qu’une rame de métro un peu molletonnée, magnifique paysage(sauf dans les tunnels) ma voisine de gauche dans le sens de la marche relate les atrocités injustes que l’on trouve sur le web, on dirait qu’elle croit à cette réalité, elle ne trouve pas la paix dans le silence, elle nous raconte maintenant son dernier voyage en train corail qui fut horrible, enfants vomissant, vagissant, chien urinant sur ses godasses, mère à la voix trop haute. Bon j’arrête c’est trop la merde, je met Bartok dans mes oreilles, sa voix passe encore, mais là ça devient joli)
Revenons à nos moutons…. Aimé cette lenteur décalée, chaque pas creusait un peu plus l’abîme, l’ouverture. (autocitation, histoire de raccrocher les wagons) Et pour moi je pensais continuer cette recherche vers le fond de mon être intime, sentiment confirmé lors de la deuxième semaine et des séances dans le champ en pente où l’on creusait via les propositions des uns et des autres et un vocabulaire de danseurs contemporains, nos propres territoires.
Il est erroné de penser que nous nous sommes arrêté parce que le public arrivait mais à partir du moment où il était passé et bien le bal touchait à sa fin.
(faut dire aussi que parfois je pêche par le goût du jeu aux idées, jouer aux idées c’est pas si compliqué, suffit de prendre une idée(un parti, si l’on préfère) et de jouer avec, de défendre un de ses côtés, ou bien un autre)
Beaucoup de danse parlé j’ai. Sans doute parce que je présentais un terrain fort favorable à ce genre de travaux ou d’expérimentation (si j’avais pas été machiniste, j’aurais pu être un sacré danseur). Quant au rythme, je dirais que j’étais avant le stage plus près du blocage mental voire cérébral que de l’hermétisme. Si j’ai compris une chose c’est qu’il faut chercher à le ressentir, le rythme. C’est quelque chose qui passe avant tout par le corps. Autre chose comprise : lorsqu’il s’agit de tenir une phrase sur la longueur, c’est bien de la voir écrite, de la visualiser sans tomber sur l’écueil de la cérébralisation. Attention, danger ! Ce qui est certain c’est qu’avoir un rythme dans la tête ça aide beaucoup non seulement à danser mais aussi à jouer et pas uniquement des congas ou des maracas, ça aide à « avoir de la présence ».
Voilà ce texte est suffisamment long, bravo à ceux qui seront arrivés jusqu’ici.
Je tiens encore à remercier très chaleureusement nos initiateurs pédagogiques de nous avoir initier à leurs disciplines, d’avoir transmis ce qu’ils savaient transmettre, d’être venu et demeurés trois semaines dans la ville réputée la plus froide de France, et, pour ma part je considère ces rencontres comme belles. Vous êtes beaux camarades maîtres-transmetteurs, et je suis ravi de vous avoir rencontrés.









