Barthes parle d’un ami Marocain qui fait de la littérature sans écrire, c’est peut être ce qui m’est arrivé. Ou alors une perte de la littérature avec celle des repères. Une perte de la solitude surtout, comme à chacun de nos fondamentaux. Un manque de réflexion et de projets personnel. Une belle phrase lue sur le bateau tout de même, de Barthes encore, citée par Robe Grillet dans le voyageur : "Les systèmes de pensées solides, type communisme, psychanalyse, …, sont comme de l’huile bouillante, quoi qu’on plonge dedans il en sort une frite." Je vous jure que cette phrase m’a mis en joie pendant au moins deux heures pleine, comme une blague, un bon mot dont on ne se lasse pas. Bon, à part ça, calme plat, le Maroc se sont des sensations, des odeurs, des clichés, quelques paysages mais surtout une impression de survoler tout cela, de manquer les individus, les rencontres, d’être ici à l’insu de mon plein grès, difficile à expliquer. Je n’ai pas voulu visiter Rabat, ni Marrakech, ni l’Atlas, peur de consommer du paysage, de me sentir touriste idiot. J’ai eu la crève, une entorse, tous les moyens pour ne pas bouger. Je me suis fait voler mon téléphone et mon appareil photo, communication et souvenirs, il me reste cet ordinateur tout de même, pour refermer la parenthèse en ce dernier jour à Tahanaout avant de rentrer en France, retrouver fille, questions et envies. Quelques belles choses tout de même : Les camions Berliet, les mêmes que celui de mon enfance, celui en plastique jaune avec une benne Marrel à l’arrière et son capot si imposant. Il en reste ici, magnifique. Et ces camions de routes, décorés par chacun avec des bouts de tôles peints et découpés en formes d’étoile ou de logo Nike. Les triporteurs-moto aussi. Et les carrioles avec les ânes. Les gars du théâtre Nomade aussi, évidemment, avec qui je n’ai pas trouvé de terrain de jeux commun mais qui sont supers, talentueux, généreux et en recherche d’un mode d’expression qui leur corresponde. J’ignore si nous les avons aidé. Remis en question certainement, apporté d’autres vues sur tout ce bordel artistique, social, relationnel, j’espère, mais qu’est ce que c’est ? Bien peu. La difficulté étant de sortir des évidences, des points communs, des jeux de scouts qui facilitent la rencontre pour toucher d’autres choses. Je sais que j’ai parfaitement raté cela mais c’était la seule chose qui m’intéressait. Ou alors c’est le contraire, je n’ai pas trouvé de point commun et je n’ai pas su aller au delà. C’est cela qui est bien dans ce temps Marocain, tout est vrai, et son contraire aussi. Juste essayer de ne pas s’enflammer à apporter de conclusions définitives, de jugement péremptoire, de blocage trop fort. Tentative de Zen Gnawoui. Fumer une clope sur le toit-terrasse du palais Moravide qui nous héberge en regardant les dernières neiges sur les sommets de l’Atlas et les oliviers en dessous tout en tentant de debusquer les clichés qui nous envahissent. Ce matin au petit déjeuner, Séverine me parle de ce qu’il y a sur la table comme le petit déjeuner traditionnel des Marocains, pléthorique : différentes sortes de pain, huile d’olive, œufs, thé, Nescafé, jus d’orange, etc…comme si l’on disait que le petit déjeuner traditionnel Français c’était les croissants et pains au chocolat. Peu de gens mangent cela tous les matins. Et surement pas les habitants de Salé, ville de bidon, de tôles et de misère. Passer de Salé à Tanahout, c’est à peu près comme passer de la Seine St Denis au Var, la réalité n’est absolument pas la même. (encore que cela dépende des quartiers). Il y a une manière de se cacher derrière la tradition pour s’empêcher de réfléchir qui est extrêmement visible au Maroc, parce que distant de moi, et qui touche chaque instant et chaque rapport social. Que ce soit le roi, la place des femmes, le spectacle, la décoration, les rapports humains, la nourriture, le rapport à la société, à la propreté. Comme si la seule entreprise de déconstruction de tout cela venait de modèles américains à tendances universelles (Hip Hop, Mac do, fringues,…). La recherche d’une troisième voie semble n’intéresser personne. Soyons juste, j’ai rencontré très peu de monde et j’ai eu le même genre de sensations il y a quelques années en Martinique, jusqu’à ce que je lise Patrick Chamoiseau, Césaire ou Glissant. C’est peu être ces auteurs là que je n’ai pas encore trouvé au Maroc. Dans une librairie à Rabat, très bien achalandée, l’auteur Marocain mis en vedette à côté des caisses n’était autre que Driss Chraïbi, écrivain ayant vécu plus de la moitié de sa vie à Crest, village de la Drôme d’où je viens, ce qui fait que j’avais déjà lu ces bouquins…Je connais sa silhouette errant dans les rues vers le bar du Marché depuis que je suis gamin. Il est mort il y a quelques années et une rue de Crest porte son nom, inauguré en présence de l’ambassadeur du Maroc. Quelqu’un peut il m’indiquer un autre auteur Marocain ? Un de la trempe des Créoles ? Un de la littérature-monde ? J’attendrai le temps qu’il faut. J’ai acheté finalement un bouquin de Barthes (l’aventure sémiologique, ne pas commencer par celui là, très théorique…). J’ai l’impression qu’il est très difficile de dire quelque chose d’intelligent sur le Maroc, sans doute à cause de cette réalité mouvante. D’ailleurs sur ce blog, pas un article depuis notre départ. Allez y les copains, à nous tous nous ferons peut-être une carte postale plus complète de ce pays. Après tout je n’ai pas parlé des dauphins et des tortues vues du bateau, de ce scandaleux détroit de Gibraltar, des parties de Scopa, des costumes en pneus, des portes roulantes, des acrobaties, des piscines sur la falaise, des réceptions de luxe dans les ambassades, des porteurs d’eau de la place Jamaa-el-fna, de Abdou que j’ai à peine croisé, des installations sur les places, des battles de Hip hop, des Français au Maroc, des paysages, des Carossa, de la campagne autour de chez Zacharia qui ressemble au cliché sur l’Afrique de l’ouest, de la latérite, des couchers de soleil depuis le quartier où l’on dormait, du Hammam où je ne suis pas aller, du barbier qui coute moins cher qu’une lame de rasoir, des salaires de misère alors que les produits de coute pas beaucoup moins cher qu’en France, de l’hypocrisie de l’alcool et du shit, de la misère de ne pas pouvoir boire ue bière en terrasse, des palmiers, datiers, figuiers de barbarie, sacs poubelles, constructions à pertes de vue, champs de lampadaires, trous sur les routes, plaques d’égouts manquantes, et décors de disneyland sitôt qu’on s’approche des capitales touristiques. Impossible de tout dire, impossible de dire seulement quelque chose, je suis pas dans la merde moi tiens. Vivement qu’on revienne en France que je retrouve le cours normal de mes recherches et réflexions. Ici, dans ce palais Moravide/ maison des associations/ centre de contrôle social / prison de luxe pour petits Français, les zellig (ces petites dessins répétitifs) m’épuisent.









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